- J'estime qu'après m'avoir joué le tour de me mettre au monde c'est à lui de me faire signe le premier."
L'homme pressé de Paul Morand, disponible aux éditions Gallimard.
Beaucoup de plaisir à revoir hier (sur France 3) ce film adapté d'un
roman de Henri Charrière, que l'on crut longtemps autobiographique (il s'avérera par la suite que le récit mélange les histoires de plusieurs anciens bagnards), l'auteur ayant
lui-même été incarcéré au bagne de Cayenne où se situe l'action du film. L'histoire narre les nombreuses tentatives d'évasion du forçat surnommé Papillon (Steve McQueen), un homme condamné à tort
pour le meurtre d'un proxénète. Sur le bateau qui les mène en Guyane, Il fait la connaissance de Louis Delga (Dustin Hoffman), un faussaire condamné lui aussi lourdement pour ses méfaits. L'un
est débrouillard et fort, l'autre dispose d'un pécule et de compétences susceptibles d'améliorer un peu le quotidien dans l'enfer du bagne. De leur complémentarité nait rapidement une amitié
forte et vitale dans un univers où la mort guette les hommes à chaque instant. Au delà de cette histoire d'amitié, et de l'aventure qui rythme le récit au gré des tentatives d'évasion de
Papillon, ce film est aussi une critique de l'application de la justice jusqu'il n'y a pas si longtemps, dans un pays dit civilisé. On ne se figure pas toujours que le bagne de Cayenne n'a fermé
ses portes qu'après la seconde guerre mondiale, ou que la guillotine a tué en France jusqu'à la fin des années 1970. La barbarie n'est pas de l'histoire si ancienne dans notre pays.
Comme on peut s'en rendre
compte en parcourant la liste des livres commentés sur ce blog, la littérature classique n'est pas franchement ma tasse de thé. La majorité des auteurs que j'ai tenté de lire m'ennuient
rapidement. Si j'ai parfaitement conscience de l'impact qu'ont eues ces oeuvres sur l'évolution de la société, par l'apport d'idées nouvelles, de regards inconvenants, ou de l'intérêt
historique qu'elles représentent pour comprendre une époque, le style précieux et souvent emphatique de la plupart des auteurs des siècles passés me laisse de marbre, quand il ne me
rebute pas tout simplement. Pourtant, par vice ou par crainte de passer à côté de quelque chose, je m'entête, je force ma nature, comme ici, avec Dostoïevski, ce chef de file de la
littérature russe du XIXème siècle auquel on prête un tempérament assez révolté. Loin d'être déçu par sa fine analyse psychologique du repentir du jeune criminel Raskolnikov, le
déroulement de l'histoire de Crime et châtiment est plombé à mon sens par les longueurs que je reproche à la plupart des romans de cette époque. La lecture de certains descriptifs de
situations, de lieux (à quoi bon connaitre la disposition précise des meubles dans une pièce ?), rend la lecture assez laborieuse sur certains passages. Des 900 pages que compte l'édition que
j'ai lue (différente de l'illustration), il m'a semblé qu'on aurait pu se passer du tiers en dépouillant le texte des passages superflus. Mais vous allez dire : pour qui se prend-il celui là,
pour se permettre de donner des leçons à un écrivain aussi illustre ? Pas faux. Le principal intérêt de ce livre, pour moi, c'est donc sa psychologie, le basculement progressif vers la
paranoïa la plus aiguë de Raskolnikov est décrit avec une précision sans doute rarement atteinte. Les relations entre les différents personnages sont également rondement menées. A ce titre, le
jeu du chat et de la souris que se livrent Raskolnikov et le rusé juge Petrovic est très intéressant, tout comme la relation complexe entre Raskolnikov et le cynique Svidrigailov. L'histoire
d'amour entre Raskolnikov et Sonia est à l'inverse peu passionnante, car lestée d'une pudeur embarrassante. Je suis donc toujours à la recherche du roman classique qui me fera chavirer, celui qui
ne se perdra pas dans les affres de l'esthétisme indigeste et de l'épique surjoué, mais qui au contraire foncera tête baissée dans les convenances. Je doute que ce roman ait été écrit avant le
XXème siècle.
Une petite excursion au pôle Nord pour se rafraichir les idées. Un très court roman pour s'initier en douceur à la littérature scandinave. Je ne
m'attendais à rien de particulier, si ce n'est à trouver un récit léger, sans prise de tête. C'est précisément ce qui se dégage de cette sorte de fable sans prétention, dans laquelle le Danois
Jorn Riel nous dresse le portrait d'une petite communauté de célibataires endurcis et jouisseurs, dont la seule préoccupation quotidienne est de laisser libre cours à leur incommensurable
paresse. Se sentant vieillir, la bande de vieux garçons se retrouve subitement en proie à l'inquietude quant à son avenir. Ils se mettent alors en quête d'une solution pour
assurer leurs vieux jours sans remettre en cause leur penchant sybaritique. Rien de bien original dans ce récit susceptible d'intéresser les plus jeunes, et de divertir les autres. La concision
est un de ses atouts, car un texte plus long eût très certainement amené une lassitude tant le développement de l'histoire est convenu et gentillet. Il ne faut pas chercher midi à quatorze
heures, ce minuscule roman est à prendre comme une récréation, et rien de plus. Je ne pense pas que je creuserai beaucoup plus dans la bibliographie de Riel, mais je ne peux pas non plus dire que
je regrette de l'avoir découvert.
Tout comme Un bon jour pour mourir, qui m'avait beaucoup enthousiasmé cet été, Nord-Michigan est l'un des premiers romans de Jim
Harrison. L'auteur y traite du difficile passage du cap de la quarantaine, à travers l'histoire de Joseph, instituteur de campagne, fils de fermiers d'origine suédoise. Joseph vit seul avec sa
mère mourante, a la tête pleine de projets qu'il n'a jamais eu la volonté de réaliser, et ploie sous le poids des sollicitations de son amie d'enfance Rosealee qui après six ans de relations
amoureuses complexes serait désireuse de s'engager. De plus, l'école dans laquelle il enseigne va fermer, amenant Joseph à se remettre en question professionnellement. Doit-il accepter une
mutation, ou reprendre la ferme de ses parents ? Joseph est en plein doute et n'a aucune idée de ce qu'il désire vraiment. Sa vie se complique lorsque Catherine, une élève de 17 ans aussi jolie
qu'instable et délurée, se met à lui tourner autour. Joseph ne tarde pas à céder aux avances de la jeune fille, en dépit de son amour pour Rosealee et du poids de la morale. A travers la jeunesse
de Catherine, Joseph se sent revivre, mais les échéances qui le guettaient le rattrapent vite. Il y a sans doute beaucoup de Jim Harrison dans le personnage de Joseph, qui souffre comme lui d'une
infirmité (une jambe grièvement blessée durant son enfance, Harrison ayant pour sa part perdu un oeil dans son enfance), des origines suédoises (qu'Harrison tient de sa mère), et bien sûr le
Michigan où Harrison a lui-aussi grandi, sans oublier l'amour de la nature partagé par l'auteur et son personnage. Comme sans doute dans tous les romans de Jim Harrison, cette nature est
omniprésente, son souci du détail rend palpable au lecteur cet environnement rural chargé d'authenticité. Les personnages sont comme toujours très forts et attachants, et l'histoire suffisamment
prenante pour retenir l'attention tout au long du roman. Je garde toutefois une préférence pour Un bon jour pour mourir, peut-être pour le côté plus impliqué de son récit à la première
personne (peut-être Harrison était-il géné par l'aspect immoral de l'aventure de Joseph avec la jeune Catherine, toujours est-il qu'il a opté pour une narration à la troisième personne que je
trouve généralement moins captivante), mais cette plongée existentialiste dans l'Amérique des années 60, piétinant un peu la morale chrétienne sans pour autant donner dans
l'obcène, reste une lecture tout à fait recommandable pour qui s'intéresserait à Jim Harrison. Prochaine étape en ce qui me concerne : Dalva.
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