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Samedi 22 décembre 2007
memoiresdegeronimo.jpgUn document assez unique que cette biographie dictée  par le célèbre guerrier Apache à la fin de sa vie, à l'aube du XXème siècle, à un  fonctionnaire Blanc, et  commenté dans les années 1970 par  l'historien Fredrick Turner pour éclaircir certains points. La mémoire du vieil  Indien n'est pas toujours infaillible, mais la lecture de ses souvenirs et de ses impressions demeurent un moyen très intéressant de comprendre un peu la culture de ce peuple méconnu, souvent galvaudée par le cinéma. Géronimo détaille en plusieurs parties les  points qui lui tenaient à coeur :  la culture Apache, ses relations conflictuelles avec les Mexicains (pour lesquels il a conservé toute sa vie une  haine tenace depuis le massacre de toute sa famille par des troupes mexicaines), et bien sûr avec les Blancs,  vis à vis desquels on le découvre étonnemment apaisé (on comprend cette mesure à la fin de la biographie, en constatant que sa démarche tenait plus de la lettre ouverte au Président  Roosevelt pour faire entendre son besoin de retrouver avec son peuple son Arizona natal, alors qu'il était parqué dans une réserve de l'Oklahoma ; "faveur" qu'il n'obtiendra jamais). La majeure partie du récit s'articule autour de ses nombreux faits d'armes, les multiples traités de paix non respectés, les innombrables massacres de part et d'autre. On peut le trouver répétitif, mais on y trouve en filigrane une mine d'informations sur les coutumes de la tribu Apache, ses croyances, etc... Et puis bien sûr, cette biographie revient sur de nombreuses étapes du conflit qui mena à la reddition de Géronimo et des siens après des decennies d'âpres combats, et sans jamais patauger dans le misérabilisme, l'homme Blanc n'en sort pas grandi.
par Hank publié dans : Sciences humaines
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Mardi 13 novembre 2007

yvespaccalet-lhumanitedisparaitra.jpg  Yves Paccalet est un intellectuel multi-casquettes (naturaliste, romancier, philosophe, journaliste, etc...), dont le combat pour le respect de l'environnement remonte aux années 1970, à l'époque où il débutait dans l'ombre du commandant Cousteau. En une vie d'observation et d'espoirs déçus, Paccalet est passé de l'ombre à la lumière, ou inversement, selon les points de vue. Aujourd'hui, le naturaliste français est un humaniste repenti, et le portrait qu'il dresse de l'humanité et de ses chances de survie est édifiant. Contrairement à ce que le titre pourrait laisser penser, "L'humanité disparaitra, bon débarras !" n'est pas un livre violent, ni même réellement polémique. Il s'appuie sur des faits scientifiques, économiques, et sociologiques, non sans une dose d'humour noir et d'ironie, pour prédire - ou plutôt prévoir - à plus ou moins longue échéance l'avenir des Homos sapiens que nous sommes : aucun. Selon son analyse, tout concourt à une extinction prématurée de l'espèce. Les causes qu'il désigne ne sont pas nouvelles (surpopulation et raréfaction des ressources, dégradation accélérée du climat dûe à la pollution humaine, risque de conflit nucléaire, etc...). Yves Paccalet s'en prend à notre système économique, dont la dépendance à une perpétuelle croissance nous précipite dans le gouffre (+ de consommation = + de pollution), il égratigne copieusement la nature de l'homme, sa prétention à se croire indispensable et propriétaire de la planète, son incapacité à voir plus loin que le bout de son nez. Et Paccalet ne se place pas vraiment au dessus de la mêlée, nous sommes tous des Homos sapiens, et à plus ou moins grande échelle, tous responsables de l'état piteux dans lequel se trouve notre environnement. Et comme aucun de nous ne consentira à faire les (gros) efforts nécessaires à notre survie, mais dommageables à notre précieux petit confort, la messe est dite : l'humanité disparaîtra, et avec elle, une majorité d'espèces qui ne lui ont rien demandé... 

Cet essai vient de sortir en édition poche, chez J'ai Lu.

Pour en savoir plus sur l'auteur, voir son blog : http://www.yves-paccalet.fr/blog/

par Hank publié dans : Sciences humaines
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Lundi 15 octobre 2007

jdsalinger-lattrapecoeur.jpg Présentation éditeur (Pocket)
Phénomène littéraire sans équivalent depuis les années 50, J.D. Salinger reste le plus mystérieux des écrivains contemporains, et son chef-d'oeuvre, L'attrape-coeur, roman de l'adolescence le plus lu du monde entier, est l'histoire d'une fugue, celle d'un garçon de la bourgeoisie new-yorkaise chassé de son collège trois jours avant Noël, qui n'ose pas rentrer chez lui et affronter ses parents. Trois jours de vagabondage et d'aventures cocasses, sordides ou émouvantes, d'incertitude et d'anxiété, à la recherche de soi-même et des autres. L'histoire éternelle d'un gosse perdu qui cherche des raisons de vivre dans un monde hostile et corrompu. 

"Par la densité et l'originalité de sa substance psychologique, par la prodigieuse sûreté de sa facture, sa virtuosité, cet ouvrage m'avait donné l'impression de quelque chose d'exceptionnel - et aussi de durable, d'incorruptible" Jean-Louis Curtis

Commentaire :
La présentation dit l'essentiel, et elle n'enjolive pas les choses, il y a un côté intemporel dans ce récit écrit pourtant dans les années 40, mais qu'on pourrait transposer à notre époque quasiment sans toucher  un mot. Une fois acclimaté à la narration volontairement gauche du personnage central, il n'est pas difficile d'entrer dans ce roman. Et puis les âmes sensibles ne seront pas déroutées par un ton trop grave, le livre sonne juste, mais il n'y a rien de vraiment glauque dans ce récit ; à vrai dire je m'attendais à quelque chose de plus violent, mais ça reste très grand public. Ce livre m'a en tout cas donné envie d'en découvrir un peu plus de cet auteur malheureusement peu prolifique, qui vit reclus depuis les années 50.

par Hank publié dans : Littérature américaine
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Jeudi 4 octobre 2007

bukowski-journalvieuxdegueulasse.jpg  Il y avait bien longtemps que je n'avais parlé de Charles Bukowski, trouvez pas ? Comme les Contes de la folie ordinaire, ce Journal d'un vieux dégueulasse est un recueil de nouvelles, pour la plupart écrites et publiées à la fin des années 60 dans un canard underground de Los Angeles. Le ton reste le même, des récits plus ou moins autobiographiques mêlant violence, anticonformisme (non calculé), autodérision et humour corrosif. Le style laisse toutefois plus de côté l'aspect allégorique de certaines nouvelles des Contes de la folie ordinaire.  Dans plusieurs textes, Bukowski se montre également plus attentif à l'actualité et aux mouvements sociaux, tout en restant apolitique, ce qui à mon sens donne plus de force à ses analyses, tirant toutes leur source dans la nature profondément dégueulasse de l'Homme. Ainsi les révolutionnaires et les conservateurs sont renvoyés dos à dos ; Bukowski en profite pour égratigner Ginsberg et d'autres auteurs de la beat generation fervents adeptes des postures prophétiques, et inspirateurs des mouvements contestataires des années 60, qu'il dissèque avec la simplicité et en même temps la finesse qui le caractérisent. Et comme pour mieux dire merde à (aux) l'ordre(s) établi(s), chaque nouvelle de ce recueil est dépouillée des règles de typographie habituelles, Bukowski ayant opté pour la suppression des majuscules en début de phrase. Et on s'y fait vite, presque aussi vite qu'on adhère à la personnalité sans concession de Bukowski, qui n'est indiscutablement en rien un écrivain comme les autres. Car n'allez pas croire que Buk se soit laissé prendre à ce dont il se refusait - à savoir être un écrivain engagé - le Journal d'un vieux dégueulasse est loin de l'exercice de style du pamphlétaire en mal de reconnaissance, Bukowski conserve toute sa légèreté et se complait toujours autant à se mettre en scène dans les situations les plus farfelues, et c'est encore une fois un régal !

par Hank publié dans : Littérature américaine
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Jeudi 20 septembre 2007

houellebecq-extensiondudomaine.jpg  Présentation éditeur (Livre de Poche)
"Voici l'odyssée désenchantée d'un informaticien entre deux âges, jouant son rôle en observant les mouvements humains et les banalités qui s'échangent autour des machines à café. L'installation d'un progiciel en province lui permettra d'étendre le champ de ses observations, d'anéantir les dernières illusions d'un collègue - obsédé malchanceux - et d'élaborer une théorie complète du libéralisme, qu'il soit économique ou sexuel."
 

Commentaire:
Avouer son faible pour Houellebecq, c'est presque devenu équivalent à se vanter d'une maladie honteuse. Alors, je ne sais pas s'il y a risque de contagion, ou si on doit  y voir le signe d'une perversion quelconque, mais j'avoue, j'aime Houellebecq. Mais plutôt le Houellebecq post Extension du domaine de la lutte, qui n'est à mon avis pas son meilleur roman, loin s'en faut ; en meme temps, il s'agissait de son premier roman. On retrouve tout de même ses thèmes de prédilection (l'absurdité de nos vies, la pénibilité de vivre, la superficialité des rapports humains, le désespoir...), mais le récit manque un peu de mise en place, c'est un peu brouillon. Le texte est aussi très court, on a un peu la sensation que Houellebecq ne va pas au bout des choses. Pas mal quand même pour un premier essai, mais sans plus par rapport à ce qu'il a écrit ensuite (Plateforme notamment, qui reste pour moi son meilleur roman, mais je n'ai pas lu le dernier).

par Hank publié dans : Littérature française
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Mardi 18 septembre 2007

  L'étranger était mon entrée en matière dans l'oeuvre de Camus, et c'est aussi un bouquin qui aura laissé des traces. Le thème de la vie présenté sous toute son absurdité est abordé de manière particulièrement forte, et au delà de l'aspect dérisoire de toute existence, ce sont aussi les rapports sociaux entre les hommes qui prennent une forme particulièrement cinglante dans le récit de Camus. Le narrateur - Meursault -  n'est pas plus mauvais qu'un autre, il est simplement différent, et a eu la mauvaise idée de se trouver au mauvais endroit, au mauvais moment.  Le meurtre accidentel d'un jeune arabe sur une plage d'Alger prend une tournure dramatique à cause de la personnalité incomprise de Meursault. Son indifférence à ce qui l'entoure et ce qu'il vit  en fait un monstre aux yeux d'une société qui ne tolère pas la différence, qui uniformise comportements et caractères, comme s'il n'existait  qu'une seule sorte d'homme. Meursault a perdu sa mère, qu'il ne voyait plus depuis longtemps, et n'éprouve ni peine, ni besoin d'en rajouter auprès de ses congénères pour passer pour le fils modèle qu'il n'a jamais été, ayant perdu la mère modèle qu'elle n'a jamais été non plus. Meursault est résigné à laisser sa vie entre les mains des autres. La justice se chargera de décider s'il doit vivre ou mourir, mais quelle importance pour un homme que la mort n'effraie pas plus que la vie ?

par Hank publié dans : Littérature française
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