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Lundi 17 septembre 2007

ionesco-solitaire.jpg  Présentation éditeur (Folio)

"Le seul roman écrit par Ionesco. A trente-cinq ans, un homme fait un héritage et se retire de la vie. Il ne cesse de s'étonner de ses congénères qui continuent à s'agiter, à se battre même, à aimer, à croire. La recherche de l'oubli, la nostalgie du savoir que nous n'aurons jamais, le sentiment de notre infirmité et du miracle de toute chose, font de cet individu banal un être qui a la grâce, un mystique pas tellement loin de Pascal."


Commentaire :

J'avais été intrigué par ce bouquin, après avoir lu qu'il s'agissait d'un des livres de chevet de Houellebecq. Ca ne m'a finalement pas étonné, le narrateur est un personnage très "Houellecquien" : désabusé, amorphe, taciturne, fuyant ses congénères, etc... La première moitié est un peu ennuyeuse (en même temps, la vie du narrateur l'est, donc rien de plus normal), mais le roman devient de plus en plus intéressant au fil des pages. On dérive sur la fin dans l'anticipation (encore un truc repris dans la plupart des romans de Houellebecq), avec la vision d'une révolution sanglante sans doute inspirée par les évènements de mai 68 (le roman est sorti en 73 si je ne m'abuse), la fin est assez énigmatique... Un bon roman, qui a certainement été une grande source d'inspiration pour Houellebecq, et qui pousse un peu à regretter que Ionesco n'en ait écrit qu'un, ses pièces me tentant moins.

par Hank publié dans : Littérature française
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Samedi 15 septembre 2007

J'aime pousser mon masochisme dans ses retranchements. Quoi de mieux pour finir une soirée  sans saveur que de s'achever avec une injection de culture bobo dans un esprit...comment dirais-je... pseudo rock'n'roll ? Pardonnez-moi, mais Guillaume Durand est au rock ce que Jean-Paul II était au sport de haut niveau dans ses dernières années. Il me semblait que, originellement, le rock allait de pair avec un certain anti-conformisme ; or, que nous montre ce journaliste si ce n'est un conformisme aveugle, et une soumission inconditionnelle à la propagande soixante-huitarde des Rock & Folk et autres canards au service d'une...comment dirais-je... certaine vision du rock. Vision qui privilégie la forme au fond, qui glorifie le mythe - et les à-côtés qui le construisent  - aux dépens de la musique, mais je m'égare... 

Je sens à nouveau s'insinuer le souffle chaud de mon trip favori, celui du donneur de leçons, et alors ? Pourquoi résister ? Inutile. Le programme de ce second numéro d'Esprits Libres (comprendre par là : des esprits libres de penser comme on le leur a appris) de la rentrée n'avait encore une fois rien d'alléchant, et c'est sans doute ce qui le rendait si délicieux. Des têtes connues jusqu'à l'écoeurement, des écrivaillons croyant dur comme fer à la force de leur fadeur, de cet enfonceur de portes ouvertes de Olivier Adam (les immigrés clandestins sont tous gentils, et les flics sont des salauds, tous, sans exception) qui élèverait presque la démagogie au rang d'art si sa sincérité était plus convaincante, à ce béni-oui-oui de Emmanuel Todd, savant démographe grâce auquel on apprend que le monde va de mieux en mieux, et que l'Éducation Nationale n'a pas le moindre problème d'efficacité dans sa mission de transmission du savoir, on se dit qu'on assistait une nouvelle fois... comment dirais-je... à un beau diner de con à l'envers, l'invité piégé étant cette fois le plus sensé, celui qui faisait le plus d'efforts pour regarder la réalité en face, et que chacun ou presque s'amusait... comment dirais-je... à brocarder avec condescendance. Exception faite du maître des lieux, il faut pour une fois le souligner, qui manifestait quelques bribes d'approbation à l'égard de...comment dirais-je... l'infréquentable, l'infame réactionnaire (l'adjectif n'est-il pas redondant ?), ce fieffé salaud de Finkielkraut.

Finalement, le programme de la semaine passée semblait plus savoureux, avec en point d'orgue la présentation du Dictionnaire de la littérature à l'usage des snobs (et surtout de ceux qui ne le sont pas), donnant libre cours à de belles invraisemblances, le présentateur d'Esprits Libres - et ses invités que le tout-Paris lui enviait sans doute - se rangeant bien entendu du côté des humbles que le snobisme écoeure. Isn't It Ironic ? Don't You Think ?

par Hank publié dans : Télévision
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Vendredi 14 septembre 2007

Le premier et à ma connaissance unique passage télé de Charles Bukowski en France avait fait scandale en 1978. En revoyant certains extraits, on se dit que ça avait fait beaucoup de bruit pour pas grand chose, si ce n'est faire connaître Bukowski en France. Pensez donc : un Buk bourré (quel scoop !) répondant aux questions pas vraiment intéressantes d'un Pivot qui cherchait visiblement plus le scandale qu'à aller au fond des choses. On n'apprendra d'ailleurs pas grand chose dans cette interview vite torchée, gavée de clichés, mais qui montre un Bukowski malgré tout très pertinent en dépit des quelques litres de vin blanc qu'il s'est envoyé peu avant. Notamment une vision particulièrement intéressante de son travail, qu'il décrit comme une façon de dire des vérités en les ornant de juste ce qu'il faut de frivolité pour les rendre plus faciles d'accès que la philosophie des grands penseurs qui, en gros, emmerdent le commun des mortels (qui du coup ne les écoute pas) en disant - pour certains - les mêmes vérités de manière plus brute.

Bukowski était interviewé en début d'émission, cette vidéo ne présente que cette partie, et sa sortie prématurée, dix minutes avant la fin. Durant le débat des autres invités, Buk - qui s'ennuyait ferme dans cette ambiance très guindée, comme il le dira plus tard - passait son temps à marmonner et à picoler de plus belle, jusqu'à sa sortie du plateau. Certains garderont l'image d'un malotru, j'y vois personnellement un homme particulièrement mal à l'aise devant les caméras (je crois d'ailleurs qu'il était venu à l'insistance de son éditeur français), se protégeant comme il le peut avec sa bouteille...

par Hank publié dans : Télévision
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Jeudi 13 septembre 2007

johnkennedytoole-conjurationdesimbeciles.jpg  Présentation éditeur (10/18)

Écrit au début des années soixante par un jeune inconnu qui devait se suicider en 1969, à l'âge de trente-deux ans, parce qu'il se croyait un écrivain raté, La Conjuration des imbéciles n'a été éditée qu'en 1980. Le plus drôle dans cette histoire, pour peu qu'on goûte l'humour noir, c'est qu'aussitôt publié, le roman a connu un immense succès outre-Atlantique et s'est vu couronné en 1981 par le prestigieux prix Pulitzer. Une façon pour les Américains de démentir à retardement le pied de nez posthume que leur adressait l'écrivain, plaçant en exergue à son livre cette citation de Swift: "Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on peut le reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui." » - Bernard Le Saux, Le Matin "



Commentaire:

La question n'était pas de savoir si j'allais parler de ce livre, mais plutôt quand j'allais le faire.  Un texte à la fois dense et d'une remarquable fluidité. Il y a plusieurs manières de percevoir ce récit. On peut y voir un roman burlesque parmi d'autres et passer à côté de sa substance, qui me semble être beaucoup plus subtile. En s'aidant de personnages hauts en couleur et caricaturaux, John Kennedy Toole en profitait pour égratigner la société moderne et notamment les relations humaines et le dogme du travail. La conjuration des imbéciles, c'est le malheur d'un personnage hors norme condamné à se trouver une place dans une société qu'il exècre. Gigantesque et énorme dans un monde standardisé, mégalomane averti dans un milieu social modeste où l'on se doit plutôt de filer droit, homme chaste dans une société jugée obscène, esprit chevaleresque à l'ère du chacun pour soi, et de surcroît hypocondriaque et paresseux exceptionnel, Ignatius Reilly - trente ans tout juste - est livré à lui-même dans un "monde du travail" qu'il a fui toute sa vie. Fort de ses convictions, il ne cherche pas à s'adapter au monde, mais plutôt à adapter le monde à ses idées. S'ensuivent une série de quiproquos qui en font quasiment l'ennemi public numéro 1 de la Nouvelle-Orléans. Tour à tour vendeur de hot dogs dévorant tout son stock de saucisses, archiviste rangeant consciencieusement tous les dossiers qu'on lui confie à la poubelle, leader syndical incompris des ouvriers qu'il s'est résolu à défendre contre leur gré, Ignatius ne manque pas de ressources pour amener des situations cocasses voire hilarantes, que ce soit par ses actes, son parler moyenâgeux, les allusions à son anneau pylorique, ou encore les références multiples à son maître à penser, Boèce. Les personnages sont si travaillés, le récit si rondement mené, qu'on se demande comment JKT a pu être rejeté par tous les éditeurs à qui il a présenté son manuscrit, et plus encore comment il est arrivé à se persuader lui même qu'il n'avait pas de talent. Une explication toute trouvée : "Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on peut le reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui."

par Hank publié dans : Littérature américaine
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Mercredi 12 septembre 2007

toutpeutarriver.jpg Sans conviction aucune, je me suis mis devant ce film hier sur France 3, plus par admiration pour Jack Nicholson que par intérêt pour les comédies sentimentales, genre qui aurait tendance à me donner des boutons sous l'over-dose habituelle de bons sentiments. Mais avec Nicholson, je me suis dit qu'il y aurait peut-être matière à quelques digressions dans le schéma éculé du genre. Un peu à la manière de Pour le pire et pour le meilleur, qui m'avait bien diverti. Du reste, Nicholson y reprend un peu le même rôle de loup solitaire, à la différence qu'il est ici un coureur de jupons invétéré, dont le tableau de chasse n'enregistre aucune proie de plus de 30 ans, malgré sa soixantaine bien tassée. Changement de programme après une crise cardiaque qui l'amène à rester cloué au lit quelques jours chez la mère de sa dernière conquête en date (la divine Amanda Peet ; en aparté : si tu cherches un boyfriend au charme inversement proportionnel au tien, un peu con, pas très facile à vivre, fauché, et parlant anglais comme un chimpanzé gabonais, je suis libre), bon gré mal gré. Sauf que, miracle du coup de foudre, le voilà entiché de la mère en question (Diane Keaton). La suite n'a rien de surprenant, la fin est prévisible (ils vécurent heureux, blablabla ; pour les enfants, c'est un peu tard). Divertissement correct, mais sans doute vite oublié. Générique de fin, début de Soir 3, bye bye Marie Drucker, pas le temps pour les simagrées des humains aujourd'hui, j'ai un Bukowski qui m'attend. Pas de transition, je passe d'une histoire à l'eau de rose au Journal d'un vieux dégueulasse. Pute borgne (© Bukowski) ! je dois être un peu schizophrène sur les bords, mais ne le dites à personne.

par Hank publié dans : Cinéma
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Mardi 11 septembre 2007

"(...) Bien sûr, on ne peut pas mesurer le goût, ou le manque de goût. Pour un type qui se trouve un trou, il y en a un autre qui se branle. Je ne comprends rien au succès de Faulkner, du base-ball, de Bob Hope, d'Henry Miller, de Shakespeare, d'Ibsen, des pièces de Tchekhov. G.B. Shaw me fait bâiller. Tolstoï aussi. Guerre et Paix est mon bide le plus sanglant depuis Le Manteau de Gogol. Mailer, j'en ai déjà parlé. Bob Dylan, à mon avis, en rajoute, mais je dirai que Donovan a du style. Je n'y comprends rien. Boxe, rugby, basket fonctionnent à l'énergie. Hemingway jeune était bon. Dosto très dur. Sherwood Anderson les yeux fermés. Le Saroyan jeune. Le tennis et l'opéra vous vous les gardez. Les belles bagnoles, du balai. Le fétichisme, mouais. Bagues, montres, mouais. Le très jeune Gorki. D.H. Lawrence, d'accord. Céline pas de problème. Merde aux oeufs brouillés. Artaud quand il s'énerve. Ginsberg à petites doses. La lutte gréco-romaine - hein ??? Jeffers, évidemment. Et ainsi de suite, et qui a raison ? Moi, bien sûr. Mais oui, bien sûr. (...)"

Extrait tiré des Contes de la folie ordinaire de Charles Bukowski (disponible en édition Livre de Poche : 3,80 euros).


Voir l'article Charles BUKOWSKI : Contes de la folie ordinaire

par Hank publié dans : Citations
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