"(...) Il y a de bonnes raisons d'interdire le LSD, le DMT, le STP, on peut bousiller définitivement sa tête avec, mais pas plus qu'au ramassage des betteraves
ou en bossant à la chaîne chez General Motors, en faisant la plonge ou en enseignant l'anglais dans une fac. Si on interdisait tout ce qui nous rend dingues, toute la société y passerait : le
mariage, la guerre, le métro, les abattoirs, les clapiers, les tables d'opération, etc. Tout peut virtuellement nous faire craquer parce que la société repose sur des piliers pourris.
(...)"
Charles Bukowski (Nouveaux contes de la folie ordinaire / Editions Grasset / Livre de poche), traduction de Léon Mercadet.
Désolé de répondre si tard.
Le titre de la nouvelle : Mauvais Trip
Ce passage est au début, à la page 112 de l'édition poche, à peu près en milieu de page.
Mais peut-être que Bukowski ne connaissait pas ce petit ouvrage. Dans ce cas on mesure la puissancede l'intemporalité de la réflexion humaine.
Je ne sais pas si Bukowski a lu Erasme, en tout cas, moi non, mais ton commentaire m'y incite.
Bukowski pensait qu'écrire revenait en gros simplement à redire à sa manière des choses dites par d'autres avant soi (on trouve un passage à ce sujet dans "Le capitaine..." il me semble). La pensée est un éternel recyclage ; toutefois, si - comme tu le dis - la réflexion humaine est intemporelle, je pense que la manière de l'exprimer ne l'est pas du tout, de là, à mon sens, l'utilité - et même la nécessité - du recyclage.
* (Erasme s'identifie au personnage de la Folie)
Cet extrait du livre "Eloge de la Folie" écrit en 1508 est parfaitement misogyne, j'en conviens, mais quelle belle écriture (il est vrai qu'il s'agit là d'une traduction du Latin, donc peut-être "translatée" comme on dit aujourd'hui à nos malheureux enfants en âge d'étudier)