Après la lecture de Génération X, je ne pensais pas me remettre de sitôt à la lecture d'un roman de Douglas Coupland. Non pas que j'étais déçu,
loin de là, mais j'avais simplement une liste de bouquins et d'auteurs à découvrir prioritairement. Et puis un article sur un blog que je lis de temps
à autre me donnait envie de m'y remettre, avec ce neuvième roman du Canadien. Hey, Nostradamus! est présenté comme une critique des excès de la religion, mais c'est aussi un roman sur la
violence de notre époque. Découpé en quatre parties, le livre se présente sous la forme de confessions de quatre personnages dont la vie est bouleversée par un évènement tragique.En 1988, dans la région de Vancouver, trois élèves détraqués se livrent au massacre de leurs camarades dans l'enceinte de leur lycée. Au centre de la tragédie, Cheryl et Jason, deux jeunes élèves endoctrinés par un mouvement religieux très à cheval sur les principes, mariés en secret pour goûter aux plaisirs charnels sans trop se mettre en porte-à-faux avec leur morale chrétienne. Le couple est séparé par le décès de Cheryl dans la tuerie, peu après qu'elle ait annoncé sa grossesse à Jason. Le premier témoignage est celui de la jeune fille, avant et après le massacre, vivante et post mortem donc, et c'est à mon avis le premier couac du roman.
Coupland semble hésiter entre une espèce d'éloge de l'athéisme du bout des lèvres, et une soumission au folklore religieux avec cette resucée sur le thème de la vie après la mort. La deuxième confession, de loin la plus intéressante à mon avis, est celle de Jason, devenu une demie épave 11 années après le massacre, bientôt trentenaire mais incapable de se relever du drame, auquel s'est ajouté la mort de son frère un an plus tôt.
A ce moment, le roman dérive un peu vers le roman de genre, le thriller plus précisément, et c'est aussi un des points qui me gène dans ce livre, chose que je n'avais pas vraiment trouvé dans Generation X ou alors en très faible quantité. Au lieu de se concentrer sur le mal être du personnage, Coupland se laisse distraire par une histoire annexe un peu rocambolesque, à la Douglas Kennedy, qu'on retrouve ensuite jusqu'à la fin du roman, notamment dans le témoignage d'Heather, la petite amie de Jason, qui trois années après la confession de ce dernier, nous raconte leur rencontre, l'apaisement de Jason à son contact, et puis aussi [attention spoiler !] la disparition de ce dernier quelques mois plus tôt. Encore une fois, le roman glisse un peu dans le scabreux, avec une tentative de pastiche de mielleuserie sentimentalo-spirituello-cucul, une idylle entre deux mondes par voyante interposée façon Demi Moore et Patrick Swayze dans Ghost...
Même si le rationnel l'emporte ensuite, le roman ne retombe pas vraiment sur ses deux pattes, l'explication est un peu farfelue, et cette passade olé olé alourdit le récit de quelques longueurs dont je me serais bien passé. Dernier témoignage, celui de Reg, le père de Jason, qui après une vie dévouée à son Dieu, envers et contre ses proches, se réveille... trop tard...
Juste au moment où je commençais à m'assoupir, car malgré des qualité indéniables, ce roman, de mon point de vue, n'atteint pas le niveau de Génération X, plus sobre, plus universel. Je crois finalement avoir un léger problème avec cette génération d'écrivains, celle des Coupland, Ellis, McInerney et j'en passe, qui si elle ne manque certainement pas de talent, en particulier pour avoir su retranscrire l'état d'esprit d'une génération et d'une époque, en a également allègrement absorbé son style, par un côté clinquant, superficiel tout en s'en défendant et en jouant la carte de la sensibilité. Le problème avec ce genre d'auteurs, c'est qu'ils décrivent les autres sans jamais vraiment se livrer eux-mêmes. A leurs débuts assez captivants, ils me paraissent s'enfermer en vieillissant dans une sorte de conformisme de l'écrivain dans le vent. La génération précédente était à mon sens plus vraie, plus authentique. Je me demande si, comme Bukowski, je ne préfère pas simplement les écrivains morts... Ceci ne m'empêchera cependant pas de lire ou relire des Ellis, McInerney ou même Coupland... Vive les paradoxes !
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Dans Demande à la poussière, John Fante revenait sur les débuts de sa
carrière d'écrivain, lorsque, sous les traits de son alter ego Arturo Bandini, jeune adulte, il tentait de survivre à Los Angeles, tiraillé entre la réalité de son statut de zonard qui passe son
temps à tirer le diable par la queue et ses excès de confiance en lui-même et son propre talent. Ce personnage fantasque, on le retrouve quelques années plus tôt, en pleine crise d'adolescence
(dont il ne s'était, il est vrai, pas tellement débarrassé dans Demande à la poussière), dans Bandini. Fante nous raconte son adolescence au Colorado, l'occasion de dresser le
portrait de sa petite famille de ritals déracinés, pauvres et complexés. L'auteur s'attarde en particulier sur ses parents : sa mère bigote et effacée, et son père, cavaleur et égoïste, peu
concerné par le sort de sa petite famille. Fante excelle dans l'art de retranscrire son environnement avec les yeux d'un gosse de 14 ans, avec toutes les contradictions qu'on peut vivre à cet
âge, mélange d'admiration et de rejet envers ses parents, besoin d'affection et incapacité à dévoiler ses sentiments à la fille de ses rêves... Il s'agit d'un récit à la troisième personne, mais
plus à la manière d'une introspection désincarnée que d'un regard extérieur narrant froidement une histoire. Suivant sa recette habituelle, Fante parsème le texte d'un cocktail de drôlerie et
d'émotion, toujours dans un style direct et moderne (le roman fut quand même écrit en 1938 !). Un peu moins brillant que dans Demande à la poussière toutefois, mais vraiment d'un
cheveu !
On ne peut pas prétendre s'intéresser à la
littérature américaine du XXème siècle sans chercher à découvrir au moins quelques textes d'Hemingway. Je garde un souvenir très dilué d'une lecture lointaine du Vieil homme et la mer,
tellement dilué que je ne me souviens à peu près que de l'avoir lu dans mon enfance. J'avais envie d'y revenir, et si possible par le biais d'un texte court pour ne pas trop perdre mon temps en
cas de déception. Niveau concision, j'étais servi avec L'étrange contrée et ses 110 pages tout juste. L'histoire m'intriguait, il me semblait y avoir un bon ressort dramatique, mais j'ai
finalement l'impression d'avoir été berné par l'éditeur (Folio en l'occurence), avec un quatrième de couverture en partie à côté de la plaque. Je cite :
Suite chronologique des Souvenirs d'un pas grand-chose, bien qu'écrit une dizaine d'années plus tôt, Factotum s'attarde sur les premiers
pas d'Henry Chinaski - l'alter-ego de Bukowski - dans la vie d'adulte. Bukowski revient sur les années qui ont suivi son départ du domicile parental, ses pérégrinations à travers les Etats-Unis,
en quête de son oxygène : l'ivresse. On le suit ainsi à la Nouvelle Orléans, à New-York, à Miami, mais toujours, Chinaski revient à son port d'attache : Los Angeles. On découvre avec étonnement
un Bukowski assez fidèle en amour en comparaison de certains de ses autres romans, longtemps fixé à la même femme, Jan, qui lui donne le change dans son jeu de massacre, une femme alcoolique,
parfois hystérique, infidèle, paumée, mais qui semble ressentir une réelle affection pour Chinaski/Buk. Comme son titre l'indique, Factotum s'attarde avant tout sur la kyrielle de
boulots minables que Buk exerce par nécessité, sans ne jamais tomber dans la résignation et la docilité des prolos qu'il côtoie. Buk ne se plie à aucune règle, ne craint jamais d'être viré, ce
que ses patrons ne manquent jamais de faire, et généralement sans tarder. Tour à tour préparateur de commandes, manutentionnaire, gardien de nuit, ouvrier d'entretien, Bukowski enchaine les
expériences sans intérêt comme les chapitres de son roman. Il en tire régulièrement des observations à l'incisivité parfois Célinienne :
Au début des années 80, sur l'insistance de son éditeur, Charles Bukowski consentait enfin à se replonger dans les premières années de sa vie. C'est donc une nouvelle fois sous la
forme d'une autobiographie à peine déguisée, mettant en scène son double Henry Chinaski, que Bukowski allait faire parler la poudre, ou plutôt exposer plus que d'habitude une facette méconnue (et
pourtant toujours bien présente dans ses écrits) de sa personnalité : la tendresse. Ramener à la surface des souvenirs de sa prime enfance ont en effet replongé Bukowski dans une innocence
qu'il retranscrit avec une justesse comparable à celle de son maître John Fante, sur la première partie du roman. Bukowski se remémore quelques bons moments d'enfance (le souvenir de son
grand-père qu'il n'a pas beaucoup connu), mais on enchaine très vite sur la succession de coups durs qui ont forgé la personnalité de l'écrivain, avec en point d'orgue la brutalité d'un père que
Bukowski parvient à décrire sans une once de misérabilisme. La victimisation et le pathos n'ont jamais été la came du vieux Buk, il décrit les faits, nous livre ses sentiments, son
détachement vis à vis de la société, qu'il a en fait toujours ressenti et qui l'ont conduit sa vie durant sur le sentier de la marginalité... et d'une liberté absolue. Souvenirs d'un pas
grand-chose revient donc sur les vingt premières années de la vie de l'écrivain, une scolarité à l'écart des autres, une sexualité tardive (compliquée par de sérieux problèmes d'acné),
inversement proportionnelle à sa découverte de l'alcool, un besoin constant de dire merde aux conventions, l'amenant jusqu'à se laisser approcher à l'université par des nazillons
d'opérette pour le seul plaisir de heurter le patriotisme aveugle et exacerbé de la masse qui l'entourait en ces temps de guerre (sans jamais adhérer le moins du monde à leurs idées :
"Pourquoi donc est-ce que la Cause de la race supérieure n'attirait à elle que des invalides du corps et de la tête ?"). Chinaski/Buk quitte rapidement l'université, se fait virer par
son père, et découvre ce qui rythmera dès lors son existence pour de nombreuses années : boulots merdiques à la petite semaine, chambres d'hotel miteuses, femmes faciles et cuites à gogo. Une
manière de vivre que Bukowski décrit admirablement - avec son cocktail habituel de lucidité, d'humour, de désinvolture et de liberté de ton - dans Factotum, qu'on peut
considérer comme la suite de ces Souvenirs d'un pas grand-chose qui me paraissent être une excellente entrée en matière dans l'oeuvre de Bukowski, notamment pour les sceptiques
rebutés par la réputation sulfureuse de l'écrivain...
Tout comme
Le canadien Douglas Coupland
avait tout juste trente ans lorsqu'il sortit ce "manifeste de ceux qui ont eu l'idée imbécile de naître entre 1960 et 1970" pour reprendre une critique au sujet de ce roman, qui me
paraît être l'un des plus marquants de la génération d'écrivains des années 1980/1990, celle là même qui a vu éclore Bret Easton Ellis, auquel on peut naturellement rattacher Douglas Coupland.
Génération X, c'est le roman d'une génération à la dérive, une jeunesse sacrifiée sur l'autel de la Sainte Économie. C'est l'histoire de trois paumés (deux hommes et une jeune femme)
accumulant les petits boulots sans lendemain, et naviguant dans un quotidien sans avenir, avec pour seule consolation la satisfaction d'avoir trouvé une amitié solide comme échappatoire à la
solitude. C'est l'histoire plate d'une jeunesse sans but ni rêve, condamnée à vivre dans un monde qui n'a pas besoin d'elle. Mais Génération X, c'est surtout le roman que pourront sans
doute s'approprier encore bien des générations futures sans avoir à changer grand chose pour s'identifier à leurs ainés. L'histoire ne dit pas ce qu'est devenue cette génération X quinze années
plus tard, si elle a trouvé sa place dans la société. Ce qui est plus certain, c'est que la génération qui a pris le relais n'a pas plus d'avenir que les quadras d'aujourd'hui ne
pensaient en avoir.
Gros coup de foudre
littéraire de fin d'année pour cet auteur américain, John Fante, celui que Charles Bukowski n'hésitait pas à désigner comme l'auteur qui lui donna envie d'écrire. Connaissant un peu l'oiseau, je
me disais que son Père spirituel devait donner dans le relativement cradingue : fausse piste ! Ecrit en 1939, Demande à la poussière frappe au premier abord par sa modernité. Les
personnages, l'histoire, tout pourrait quasiment avoir été écrit à notre époque sans qu'on n'y voie le moindre anachronisme ou presque. Demande à la poussière, c'est l'histoire d'Arturo
Bandini, jeune écrivain cherchant à percer à Los Angeles, fils d'immigrés italiens natif du Colorado, autrement dit, à peu de choses près, Arturo est le clone littéraire de Fante, qui n'hésite
pas - et en cela, c'est le principal point commun avec Bukowski - à se moquer de lui-même, avec ce personnage imbu de son talent d'écrivain, sûr de sa réussite, anticipant sans cesse la
postérité mais qui doute aussi paradoxalement pas mal de lui. Arturo se livre à un numéro de "je t'aime, moi non plus" palpitant avec la belle Camilla, serveuse paumée très portée sur le
masochisme amoureux. Histoires d'amours impossibles, fraicheur et insouciance sont au menu de ce roman totalement contemporain malgré ses 70 ans d'âge. C'est avec le recul qu'on reconnait
les grands écrivains, et pour moi, Fante fait désormais partie des incontournables du XXème siècle. Je ne ferai qu'une bouchée de son oeuvre, promis, juré !
Présentation éditeur
(Pocket)
Il y avait bien
longtemps que je n'avais parlé de Charles Bukowski, trouvez pas ? Comme les Contes de la folie ordinaire, ce Journal d'un vieux dégueulasse est un recueil de nouvelles, pour la
plupart écrites et publiées à la fin des années 60 dans un canard underground de Los Angeles. Le ton reste le même, des récits plus ou moins autobiographiques mêlant violence, anticonformisme
(non calculé), autodérision et humour corrosif. Le style laisse toutefois plus de côté l'aspect allégorique de certaines nouvelles des Contes de la folie ordinaire.
Dans plusieurs textes, Bukowski se montre également plus attentif à l'actualité et aux mouvements sociaux, tout en restant apolitique, ce qui à mon sens donne plus de force à ses analyses, tirant
toutes leur source dans la nature profondément dégueulasse de l'Homme. Ainsi les révolutionnaires et les conservateurs sont renvoyés dos à dos ; Bukowski en profite pour égratigner Ginsberg et
d'autres auteurs de la beat generation fervents adeptes des postures prophétiques, et inspirateurs des mouvements contestataires des années 60, qu'il dissèque avec la simplicité et en même
temps la finesse qui le caractérisent. Et comme pour mieux dire merde à (aux) l'ordre(s) établi(s), chaque nouvelle de ce recueil est dépouillée des règles de typographie habituelles, Bukowski
ayant opté pour la suppression des majuscules en début de phrase. Et on s'y fait vite, presque aussi vite qu'on adhère à la personnalité sans concession de Bukowski, qui n'est indiscutablement en
rien un écrivain comme les autres. Car n'allez pas croire que Buk se soit laissé prendre à ce dont il se refusait - à savoir être un écrivain engagé - le Journal d'un vieux dégueulasse
est loin de l'exercice de style du pamphlétaire en mal de reconnaissance, Bukowski conserve toute sa légèreté et se complait toujours autant à se mettre en scène dans les situations les plus
farfelues, et c'est encore une fois un régal !
Présentation éditeur (10/18)
Présentation éditeur (10/18)
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