Vendredi 9 mai 2008
 Après la lecture de Génération X, je ne pensais pas me remettre de sitôt à la lecture d'un roman de Douglas Coupland. Non pas que j'étais déçu, loin de là, mais j'avais simplement une liste de bouquins et d'auteurs à découvrir prioritairement. Et puis un article sur un blog que je lis de temps à autre me donnait envie de m'y remettre, avec ce neuvième roman du Canadien. Hey, Nostradamus! est présenté comme une critique des excès de la religion, mais c'est aussi un roman sur la violence de notre époque. Découpé en quatre parties, le livre se présente sous la forme de confessions de quatre personnages dont la vie est bouleversée par un évènement tragique.

En 1988, dans la région de Vancouver, trois élèves détraqués se livrent au massacre de leurs camarades dans l'enceinte de leur lycée. Au centre de la tragédie, Cheryl et Jason, deux jeunes élèves endoctrinés par un mouvement religieux très à cheval sur les principes, mariés en secret pour goûter aux plaisirs charnels sans trop se mettre en porte-à-faux avec leur morale chrétienne. Le couple est séparé par le décès de Cheryl dans la tuerie, peu après qu'elle ait annoncé sa grossesse à Jason. Le premier témoignage est celui de la jeune fille, avant et après le massacre, vivante et post mortem donc, et c'est à mon avis le premier couac du roman.

Coupland semble hésiter entre une espèce d'éloge de l'athéisme du bout des lèvres, et une soumission au folklore religieux avec cette resucée sur le thème de la vie après la mort. La deuxième confession, de loin la plus intéressante à mon avis, est celle de Jason, devenu une demie épave 11 années après le massacre, bientôt trentenaire mais incapable de se relever du drame, auquel s'est ajouté la mort de son frère un an plus tôt.

A ce moment, le roman dérive un peu vers le roman de genre, le thriller plus précisément, et c'est aussi un des points qui me gène dans ce livre, chose que je n'avais pas vraiment trouvé dans Generation X ou alors en très faible quantité. Au lieu de se concentrer sur le mal être du personnage, Coupland se laisse distraire par une histoire annexe un peu rocambolesque, à la Douglas Kennedy, qu'on retrouve ensuite jusqu'à la fin du roman, notamment dans le témoignage d'Heather, la petite amie de Jason, qui trois années après la confession de ce dernier, nous raconte leur rencontre, l'apaisement de Jason à son contact, et puis aussi [attention spoiler !] la disparition de ce dernier quelques mois plus tôt. Encore une fois, le roman glisse un peu dans le scabreux, avec une tentative de pastiche de mielleuserie sentimentalo-spirituello-cucul, une idylle entre deux mondes par voyante interposée façon Demi Moore et Patrick Swayze dans Ghost...

Même si le rationnel l'emporte ensuite, le roman ne retombe pas vraiment sur ses deux pattes, l'explication est un peu farfelue, et cette passade olé olé alourdit le récit de quelques longueurs dont je me serais bien passé. Dernier témoignage, celui de Reg, le père de Jason, qui après une vie dévouée à son Dieu, envers et contre ses proches, se réveille... trop tard...

Juste au moment où je commençais à m'assoupir, car malgré des qualité indéniables, ce roman, de mon point de vue, n'atteint pas le niveau de Génération X, plus sobre, plus universel. Je crois finalement avoir un léger problème avec cette génération d'écrivains, celle des Coupland, Ellis, McInerney et j'en passe, qui si elle ne manque certainement pas de talent, en particulier pour avoir su retranscrire l'état d'esprit d'une génération et d'une époque, en a également allègrement absorbé son style, par un côté clinquant, superficiel tout en s'en défendant et en jouant la carte de la sensibilité. Le problème avec ce genre d'auteurs, c'est qu'ils décrivent les autres sans jamais vraiment se livrer eux-mêmes. A leurs débuts assez captivants, ils me paraissent s'enfermer en vieillissant dans une sorte de conformisme de l'écrivain dans le vent. La génération précédente était à mon sens plus vraie, plus authentique. Je me demande si, comme Bukowski, je ne préfère pas simplement les écrivains morts... Ceci ne m'empêchera cependant pas de lire ou relire des Ellis, McInerney ou même Coupland... Vive les paradoxes !
par Hank publié dans : Littérature américaine
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Vendredi 9 mai 2008
Dans Demande à la poussière, John Fante revenait sur les débuts de sa carrière d'écrivain, lorsque, sous les traits de son alter ego Arturo Bandini, jeune adulte, il tentait de survivre à Los Angeles, tiraillé entre la réalité de son statut de zonard qui passe son temps à tirer le diable par la queue et ses excès de confiance en lui-même et son propre talent. Ce personnage fantasque, on le retrouve quelques années plus tôt, en pleine crise d'adolescence (dont il ne s'était, il est vrai, pas tellement débarrassé dans Demande à la poussière), dans Bandini. Fante nous raconte son adolescence au Colorado, l'occasion de dresser le portrait de sa petite famille de ritals déracinés, pauvres et complexés. L'auteur s'attarde en particulier sur ses parents : sa mère bigote et effacée, et son père, cavaleur et égoïste, peu concerné par le sort de sa petite famille. Fante excelle dans l'art de retranscrire son environnement avec les yeux d'un gosse de 14 ans, avec toutes les contradictions qu'on peut vivre à cet âge, mélange d'admiration et de rejet envers ses parents, besoin d'affection et incapacité à dévoiler ses sentiments à la fille de ses rêves... Il s'agit d'un récit à la troisième personne, mais plus à la manière d'une introspection désincarnée que d'un regard extérieur narrant froidement une histoire. Suivant sa recette habituelle, Fante parsème le texte d'un cocktail de drôlerie et d'émotion, toujours dans un style direct et moderne (le roman fut quand même écrit en 1938 !). Un peu moins brillant que dans Demande à la poussière toutefois, mais vraiment d'un cheveu !
par Hank publié dans : Littérature américaine
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Dimanche 16 mars 2008

undefined  On ne peut pas prétendre s'intéresser à la littérature américaine du XXème siècle sans chercher à découvrir au moins quelques textes d'Hemingway. Je garde un souvenir très dilué d'une lecture lointaine du Vieil homme et la mer, tellement dilué que je ne me souviens à peu près que de l'avoir lu dans mon enfance. J'avais envie d'y revenir, et si possible par le biais d'un texte court pour ne pas trop perdre mon temps en cas de déception. Niveau concision, j'étais servi avec L'étrange contrée et ses 110 pages tout juste. L'histoire m'intriguait, il me semblait y avoir un bon ressort dramatique, mais j'ai finalement l'impression d'avoir été berné par l'éditeur (Folio en l'occurence), avec un quatrième de couverture en partie à côté de la plaque. Je cite : 

"Un écrivain désabusé voyage en Floride avec une femme beaucoup plus jeune que lui : il vont au restaurant, boivent un verre, parlent de la guerre d'Espagne, de leur vie, d'avenir et font l'amour..."

Jusque là, pas de problème.

"Soudain tout se trouble, le soupçon de l'inceste rôde, les difficultés à écrire et à vivre ressurgissent et, avec elles, l'inexorable fatalité".

Alors là, je sèche. De deux choses l'une, soit les bavardages incessants m'ont endormi au point de lire ce roman en diagonale, soit les éditions Folio devraient éviter de sous-traiter la rédaction de leurs résumés à un service de réinsertion des Alcooliques Anonymes. Je ne vois pas très bien où rôde "le soupçon de l'inceste" dans ce roman. En dehors du fait que Roger ait été l'amant de la mère d'Helena (sa nouvelle femme), je ne vois pas trop à quel endroit il est question d'inceste, même de vagues soupçons. Vous me direz, quelle importance ? Aucun, si ce n'est que c'est précisément ce point de détails qui me semblait faire la singularité de l'histoire, qui du reste n'est pas fameuse sur une bonne partie du roman. A la virée de deux pauvres amoureux transis se substitue seulement en fin de récit des réflexions un peu poussées, sur l'écriture (relativement intéressantes) principalement. Le personnage masculin - si fade sur les 80/90 première pages - prend enfin un peu de relief sur la fin du récit, dans la lutte qu'il s'efforce à mener contre sa propre nature pour faire durer aussi longtemps que possible la période de doux flottement qui suit le mariage. Le personnage féminin reste pour sa part à peu près aussi creux et docile d'un bout à l'autre du récit. Quant au style d'Hemingway, je me demande en fin de compte si je l'apprécierais davantage dans un texte plus inspiré, il me semble en effet manquer cruellement d'ironie et d'humour, mais je n'en resterai sans doute pas sur ce maigre récit avant de l'enterrer définitivement...

par Hank publié dans : Littérature américaine
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Samedi 15 mars 2008

charlesbukowski-factotum.jpg Suite chronologique des Souvenirs d'un pas grand-chose, bien qu'écrit une dizaine d'années plus tôt, Factotum s'attarde sur les premiers pas d'Henry Chinaski - l'alter-ego de Bukowski - dans la vie d'adulte. Bukowski revient sur les années qui ont suivi son départ du domicile parental, ses pérégrinations à travers les Etats-Unis, en quête de son oxygène : l'ivresse. On le suit ainsi à la Nouvelle Orléans, à New-York, à Miami, mais toujours, Chinaski revient à son port d'attache : Los Angeles. On découvre avec étonnement un Bukowski assez fidèle en amour en comparaison de certains de ses autres romans, longtemps fixé à la même femme, Jan, qui lui donne le change dans son jeu de massacre, une femme alcoolique, parfois hystérique, infidèle, paumée, mais qui semble ressentir une réelle affection pour Chinaski/Buk. Comme son titre l'indique, Factotum s'attarde avant tout sur la kyrielle de boulots minables que Buk exerce par nécessité, sans ne jamais tomber dans la résignation et la docilité des prolos qu'il côtoie. Buk ne se plie à aucune règle, ne craint jamais d'être viré, ce que ses patrons ne manquent jamais de faire, et généralement sans tarder. Tour à tour préparateur de commandes, manutentionnaire, gardien de nuit, ouvrier d'entretien, Bukowski enchaine les expériences sans intérêt comme les chapitres de son roman. Il en tire régulièrement des observations à l'incisivité parfois Célinienne :

"Tu donnais huit heures au patron, mais il en voulait toujours plus. Par exemple, il ne te laissait jamais partir avant 6 heures. Des fois que tu aurais eu le temps de penser."

"Je ne pouvais me décider à lire les offres d'emploi. La seule pensée de m'asseoir en face d'un type derrière un bureau pour lui dire que je cherchais un boulot, que j'étais qualifié, c'était trop pour moi. Franchement, la vie me faisait horreur, tout ce qu'un homme devait faire pour avoir de la bouffe, un pieu et des fringues. Aussi je restais au lit à picoler. Quand on boit, le monde est toujours dehors, mais pour le moment, il ne te tient pas à la gorge."

Mais Bukowski reste Bukowski, avec son style unique, son humour tout aussi particulier, son ignorance des tabous, sa capacité à dépeindre les situations les plus désespérées avec recul et légèreté, et puis son irrésistible besoin de mettre les pieds là où la plupart des écrivains se refusent de se risquer : 

"Y'a rien de pire que de terminer une bonne chiée et de se relever pour s'apercevoir que le dévideur de P.Q. est vide. Le pire être humain de la terre mérite de se torcher le cul. Ca m'est arrivé de me relever pour découvrir qu'il n'y avait plus de papier, de chercher le papier protège-sièges et il n'y en avait plus non plus. Tu te lèves pour constater que le tien vient de tomber dans l'eau. Après ça, tu as peu d'alternatives. Celle que j'ai trouvée et qui me satisfait le plus, c'est de m'essuyer avec mon slip, de le coller dans la cuvette, de tirer la chasse et de boucher les chiottes."

Comment ? N'avez toujours pas envie de découvrir Bukowski ?!?

par Hank publié dans : Littérature américaine
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Vendredi 14 mars 2008

charlesbukowski-souvenirsdunpasgrandchose.jpg Au début des années 80, sur l'insistance de son éditeur, Charles Bukowski consentait enfin à se replonger dans les premières années de sa vie. C'est donc une nouvelle fois sous la forme d'une autobiographie à peine déguisée, mettant en scène son double Henry Chinaski, que Bukowski allait faire parler la poudre, ou plutôt exposer plus que d'habitude une facette méconnue (et pourtant toujours bien présente dans ses écrits) de sa personnalité : la tendresse. Ramener à la surface des souvenirs de sa prime enfance ont en effet replongé Bukowski dans une innocence qu'il retranscrit avec une justesse comparable à celle de son maître John Fante, sur la première partie du roman. Bukowski se remémore quelques bons moments d'enfance (le souvenir de son grand-père qu'il n'a pas beaucoup connu), mais on enchaine très vite sur la succession de coups durs qui ont forgé la personnalité de l'écrivain, avec en point d'orgue la brutalité d'un père que Bukowski parvient à décrire sans une once de misérabilisme. La victimisation et le pathos n'ont jamais été la came du vieux Buk, il décrit les faits, nous livre ses sentiments, son détachement vis à vis de la société, qu'il a en fait toujours ressenti et qui l'ont conduit sa vie durant sur le sentier de la marginalité... et d'une liberté absolue. Souvenirs d'un pas grand-chose revient donc sur les vingt premières années de la vie de l'écrivain, une scolarité à l'écart des autres, une sexualité tardive (compliquée par de sérieux problèmes d'acné), inversement proportionnelle à sa découverte de l'alcool, un besoin constant de dire merde aux conventions, l'amenant jusqu'à se laisser approcher à l'université par des nazillons d'opérette pour le seul plaisir de heurter le patriotisme aveugle et exacerbé de la masse qui l'entourait en ces temps de guerre (sans jamais adhérer le moins du monde à leurs idées : "Pourquoi donc est-ce que la Cause de la race supérieure n'attirait à elle que des invalides du corps et de la tête ?"). Chinaski/Buk quitte rapidement l'université, se fait virer par son père, et découvre ce qui rythmera dès lors son existence pour de nombreuses années : boulots merdiques à la petite semaine, chambres d'hotel miteuses, femmes faciles et cuites à gogo. Une manière de vivre que Bukowski décrit admirablement - avec son cocktail habituel de lucidité, d'humour, de désinvolture et de liberté de ton - dans Factotum, qu'on peut considérer comme la suite de ces Souvenirs d'un pas grand-chose qui me paraissent être une excellente entrée en matière dans l'oeuvre de Bukowski, notamment pour les sceptiques rebutés par la réputation sulfureuse de l'écrivain...

par Hank publié dans : Littérature américaine
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Vendredi 1 février 2008

jimharrison-nordmichigan.jpgTout comme Un bon jour pour mourir, qui m'avait beaucoup enthousiasmé cet été, Nord-Michigan est l'un des premiers romans de Jim Harrison. L'auteur y traite du difficile passage du cap de la quarantaine, à travers l'histoire de Joseph, instituteur de campagne, fils de fermiers d'origine suédoise. Joseph vit seul avec sa mère mourante, a la tête pleine de projets qu'il n'a jamais eu la volonté de réaliser, et ploie sous le poids des sollicitations de son amie d'enfance Rosealee qui après six ans de relations amoureuses complexes serait désireuse de s'engager. De plus, l'école dans laquelle il enseigne va fermer, amenant Joseph à se remettre en question professionnellement. Doit-il accepter une mutation, ou reprendre la ferme de ses parents ? Joseph est en plein doute et n'a aucune idée de ce qu'il désire vraiment. Sa vie se complique lorsque Catherine, une élève de 17 ans aussi jolie qu'instable et délurée, se met à lui tourner autour. Joseph ne tarde pas à céder aux avances de la jeune fille, en dépit de son amour pour Rosealee et du poids de la morale. A travers la jeunesse de Catherine, Joseph se sent revivre, mais les échéances qui le guettaient le rattrapent vite. Il y a sans doute beaucoup de Jim Harrison dans le personnage de Joseph, qui souffre comme lui d'une infirmité (une jambe grièvement blessée durant son enfance, Harrison ayant pour sa part perdu un oeil dans son enfance), des origines suédoises (qu'Harrison tient de sa mère), et bien sûr le Michigan où Harrison a lui-aussi grandi, sans oublier l'amour de la nature partagé par l'auteur et son personnage. Comme sans doute dans tous les romans de Jim Harrison, cette nature est omniprésente, son souci du détail rend palpable au lecteur cet environnement rural chargé d'authenticité. Les personnages sont comme toujours très forts et attachants, et l'histoire suffisamment prenante pour retenir l'attention tout au long du roman. Je garde toutefois une préférence pour Un bon jour pour mourir, peut-être pour le côté plus impliqué de son récit à la première personne (peut-être Harrison était-il géné par l'aspect immoral de l'aventure de Joseph avec la jeune Catherine, toujours est-il qu'il a opté pour une narration à la troisième personne que je trouve généralement moins captivante), mais cette plongée existentialiste dans l'Amérique des années 60, piétinant un peu la morale chrétienne sans pour autant donner dans l'obcène, reste une lecture tout à fait recommandable pour qui s'intéresserait à Jim Harrison. Prochaine étape en ce qui me concerne : Dalva.

par Hank publié dans : Littérature américaine
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Jeudi 24 janvier 2008

douglascoupland-generationx.jpgLe canadien Douglas Coupland avait tout juste trente ans lorsqu'il sortit ce "manifeste de ceux qui ont eu l'idée imbécile de naître entre 1960 et 1970" pour reprendre une critique au sujet de ce roman, qui me paraît être l'un des plus marquants de la génération d'écrivains des années 1980/1990, celle là même qui a vu éclore Bret Easton Ellis, auquel on peut naturellement rattacher Douglas Coupland. Génération X, c'est le roman d'une génération à la dérive, une jeunesse sacrifiée sur l'autel de la Sainte Économie. C'est l'histoire de trois paumés (deux hommes et une jeune femme) accumulant les petits boulots sans lendemain, et naviguant dans un quotidien sans avenir, avec pour seule consolation la satisfaction d'avoir trouvé une amitié solide comme échappatoire à la solitude. C'est l'histoire plate d'une jeunesse sans but ni rêve, condamnée à vivre dans un monde qui n'a pas besoin d'elle. Mais Génération X, c'est surtout le roman que pourront sans doute s'approprier encore bien des générations futures sans avoir à changer grand chose pour s'identifier à leurs ainés. L'histoire ne dit pas ce qu'est devenue cette génération X quinze années plus tard, si elle a trouvé sa place dans la société. Ce qui est plus certain, c'est que la génération qui a pris le relais n'a pas plus d'avenir que les quadras d'aujourd'hui  ne pensaient en avoir.

par Hank publié dans : Littérature américaine
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Mercredi 23 janvier 2008
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 Douglas Kennedy ou comment faire le tour d'un écrivain en moins de trois romans. D'abord séduit par l'histoire riche en aventures et en rebondissements, jalonnée d'une bribe de réflexion bienvenue sur le mariage, de L'homme qui voulait vivre sa vie (admirez la couverture digne des plus succulents romans à l'eau de rose, merci Pocket...), puis agréablement surpris par le changement de cap de Cul-de-sac (son premier roman) et son aventure quasi carcérale chez des bouseux australiens (une autre réflexion sur le mariage, en somme), Rien ne va plus m'a rapidement confronté à une profonde lassitude, dûe principalement à la routine qui s'installe dans les histoires de Kennedy. On y retrouve visiblement toujours un personnage principal issu d'un milieu bourgeois, propre sur lui, cultivé et même un brin pédant, séducteur presque malgré lui (le côté insupportablement geignard du héros de Rien ne va plus me paraît assez incompatible avec son numéro de tombeur...), vivant toujours des histoires d'amour avec des femmes parfaites, bref, c'est finalement très conventionnel et ça ne bouge pas d'un iota ; de L'homme qui voulait vivre sa vie à Rien ne va plus, on a clairement l'impression de lire le même roman, qu'on pourrait résumer par l'histoire d'un homme au faîte de sa réussite sociale qui perd tout et doit reconstruire sa vie ; seul le nom des personnages change. Pourtant, cet américain expatrié a un talent évident de narrateur, ses histoires sont bien ficelées, bien documentées sur le milieu traité, mais il me semblerait plus dans son élément en tant que scénariste qu'en tant qu'écrivain. Ses livres ne correspondent tout simplement pas ce que j'attends d'une lecture, pour moi, il donne dans le cinéma écrit, or, je préfère le cinéma sur écran que sur papier. J'ai l'impression de perdre mon temps à lire ce genre de roman qui ne m'apporte rien, aucune (ou peu) réflexion personnelle de la part de l'auteur, pas d'univers personnel, en fait, rien de personnel, juste une histoire à lire.

par Hank publié dans : Littérature américaine
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Lundi 14 janvier 2008

johnfante-demandealapoussiere.jpg  Gros coup de foudre littéraire de fin d'année pour cet auteur américain, John Fante, celui que Charles Bukowski n'hésitait pas à désigner comme l'auteur qui lui donna envie d'écrire. Connaissant un peu l'oiseau, je me disais que son Père spirituel devait donner dans le relativement cradingue : fausse piste ! Ecrit en 1939, Demande à la poussière frappe au premier abord par sa modernité. Les personnages, l'histoire, tout pourrait quasiment avoir été écrit à notre époque sans qu'on n'y voie le moindre anachronisme ou presque. Demande à la poussière, c'est l'histoire d'Arturo Bandini, jeune écrivain cherchant à percer à Los Angeles, fils d'immigrés italiens natif du Colorado, autrement dit, à peu de choses près, Arturo est le clone littéraire de Fante, qui n'hésite pas - et en cela, c'est le principal point commun avec Bukowski - à se moquer de lui-même, avec ce personnage imbu de son talent d'écrivain, sûr de sa réussite, anticipant sans cesse la postérité mais qui doute aussi paradoxalement pas mal de lui. Arturo se livre à un numéro de "je t'aime, moi non plus" palpitant avec la belle Camilla, serveuse paumée très portée sur le masochisme amoureux. Histoires d'amours impossibles, fraicheur et insouciance sont au menu de ce roman totalement contemporain malgré ses 70 ans d'âge. C'est avec le recul qu'on reconnait les grands écrivains, et pour moi, Fante fait désormais partie des incontournables du XXème siècle. Je ne ferai qu'une bouchée de son oeuvre, promis, juré !

par Hank publié dans : Littérature américaine
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Lundi 15 octobre 2007

jdsalinger-lattrapecoeur.jpg Présentation éditeur (Pocket)
Phénomène littéraire sans équivalent depuis les années 50, J.D. Salinger reste le plus mystérieux des écrivains contemporains, et son chef-d'oeuvre, L'attrape-coeur, roman de l'adolescence le plus lu du monde entier, est l'histoire d'une fugue, celle d'un garçon de la bourgeoisie new-yorkaise chassé de son collège trois jours avant Noël, qui n'ose pas rentrer chez lui et affronter ses parents. Trois jours de vagabondage et d'aventures cocasses, sordides ou émouvantes, d'incertitude et d'anxiété, à la recherche de soi-même et des autres. L'histoire éternelle d'un gosse perdu qui cherche des raisons de vivre dans un monde hostile et corrompu. 

"Par la densité et l'originalité de sa substance psychologique, par la prodigieuse sûreté de sa facture, sa virtuosité, cet ouvrage m'avait donné l'impression de quelque chose d'exceptionnel - et aussi de durable, d'incorruptible" Jean-Louis Curtis

Commentaire :
La présentation dit l'essentiel, et elle n'enjolive pas les choses, il y a un côté intemporel dans ce récit écrit pourtant dans les années 40, mais qu'on pourrait transposer à notre époque quasiment sans toucher  un mot. Une fois acclimaté à la narration volontairement gauche du personnage central, il n'est pas difficile d'entrer dans ce roman. Et puis les âmes sensibles ne seront pas déroutées par un ton trop grave, le livre sonne juste, mais il n'y a rien de vraiment glauque dans ce récit ; à vrai dire je m'attendais à quelque chose de plus violent, mais ça reste très grand public. Ce livre m'a en tout cas donné envie d'en découvrir un peu plus de cet auteur malheureusement peu prolifique, qui vit reclus depuis les années 50.

par Hank publié dans : Littérature américaine
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Jeudi 4 octobre 2007

bukowski-journalvieuxdegueulasse.jpg  Il y avait bien longtemps que je n'avais parlé de Charles Bukowski, trouvez pas ? Comme les Contes de la folie ordinaire, ce Journal d'un vieux dégueulasse est un recueil de nouvelles, pour la plupart écrites et publiées à la fin des années 60 dans un canard underground de Los Angeles. Le ton reste le même, des récits plus ou moins autobiographiques mêlant violence, anticonformisme (non calculé), autodérision et humour corrosif. Le style laisse toutefois plus de côté l'aspect allégorique de certaines nouvelles des Contes de la folie ordinaire.  Dans plusieurs textes, Bukowski se montre également plus attentif à l'actualité et aux mouvements sociaux, tout en restant apolitique, ce qui à mon sens donne plus de force à ses analyses, tirant toutes leur source dans la nature profondément dégueulasse de l'Homme. Ainsi les révolutionnaires et les conservateurs sont renvoyés dos à dos ; Bukowski en profite pour égratigner Ginsberg et d'autres auteurs de la beat generation fervents adeptes des postures prophétiques, et inspirateurs des mouvements contestataires des années 60, qu'il dissèque avec la simplicité et en même temps la finesse qui le caractérisent. Et comme pour mieux dire merde à (aux) l'ordre(s) établi(s), chaque nouvelle de ce recueil est dépouillée des règles de typographie habituelles, Bukowski ayant opté pour la suppression des majuscules en début de phrase. Et on s'y fait vite, presque aussi vite qu'on adhère à la personnalité sans concession de Bukowski, qui n'est indiscutablement en rien un écrivain comme les autres. Car n'allez pas croire que Buk se soit laissé prendre à ce dont il se refusait - à savoir être un écrivain engagé - le Journal d'un vieux dégueulasse est loin de l'exercice de style du pamphlétaire en mal de reconnaissance, Bukowski conserve toute sa légèreté et se complait toujours autant à se mettre en scène dans les situations les plus farfelues, et c'est encore une fois un régal !

par Hank publié dans : Littérature américaine
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Jeudi 13 septembre 2007

johnkennedytoole-conjurationdesimbeciles.jpg  Présentation éditeur (10/18)

Écrit au début des années soixante par un jeune inconnu qui devait se suicider en 1969, à l'âge de trente-deux ans, parce qu'il se croyait un écrivain raté, La Conjuration des imbéciles n'a été éditée qu'en 1980. Le plus drôle dans cette histoire, pour peu qu'on goûte l'humour noir, c'est qu'aussitôt publié, le roman a connu un immense succès outre-Atlantique et s'est vu couronné en 1981 par le prestigieux prix Pulitzer. Une façon pour les Américains de démentir à retardement le pied de nez posthume que leur adressait l'écrivain, plaçant en exergue à son livre cette citation de Swift: "Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on peut le reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui." » - Bernard Le Saux, Le Matin "



Commentaire:

La question n'était pas de savoir si j'allais parler de ce livre, mais plutôt quand j'allais le faire.  Un texte à la fois dense et d'une remarquable fluidité. Il y a plusieurs manières de percevoir ce récit. On peut y voir un roman burlesque parmi d'autres et passer à côté de sa substance, qui me semble être beaucoup plus subtile. En s'aidant de personnages hauts en couleur et caricaturaux, John Kennedy Toole en profitait pour égratigner la société moderne et notamment les relations humaines et le dogme du travail. La conjuration des imbéciles, c'est le malheur d'un personnage hors norme condamné à se trouver une place dans une société qu'il exècre. Gigantesque et énorme dans un monde standardisé, mégalomane averti dans un milieu social modeste où l'on se doit plutôt de filer droit, homme chaste dans une société jugée obscène, esprit chevaleresque à l'ère du chacun pour soi, et de surcroît hypocondriaque et paresseux exceptionnel, Ignatius Reilly - trente ans tout juste - est livré à lui-même dans un "monde du travail" qu'il a fui toute sa vie. Fort de ses convictions, il ne cherche pas à s'adapter au monde, mais plutôt à adapter le monde à ses idées. S'ensuivent une série de quiproquos qui en font quasiment l'ennemi public numéro 1 de la Nouvelle-Orléans. Tour à tour vendeur de hot dogs dévorant tout son stock de saucisses, archiviste rangeant consciencieusement tous les dossiers qu'on lui confie à la poubelle, leader syndical incompris des ouvriers qu'il s'est résolu à défendre contre leur gré, Ignatius ne manque pas de ressources pour amener des situations cocasses voire hilarantes, que ce soit par ses actes, son parler moyenâgeux, les allusions à son anneau pylorique, ou encore les références multiples à son maître à penser, Boèce. Les personnages sont si travaillés, le récit si rondement mené, qu'on se demande comment JKT a pu être rejeté par tous les éditeurs à qui il a présenté son manuscrit, et plus encore comment il est arrivé à se persuader lui même qu'il n'avait pas de talent. Une explication toute trouvée : "Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on peut le reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui."

par Hank publié dans : Littérature américaine
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Mardi 11 septembre 2007

breteastonellis-loisattraction.jpg  Présentation éditeur (10/18)

"L’auteur de Moins que zéro décrit dans son second livre une nouvelle descente aux enfers qui se situe dans l’université. Ses héros, des étudiants issus d’une bourgeoisie typée, trempent, d’une dérive à l’autre, dans les illusions du sexe et de la drogue, sur un fond de rock... Tout cela au moyen d’une écriture sobre, rapide et brute. Avec ce magnifique et troublant roman, Bret Easton Ellis nous replonge cet univers noir des années 80, à la rencontre d’une génération désinvolte, cynique et surtout à la recherche de son identité. "


Commentaire:
Comme - me semble-t-il - souvent avec Ellis, pas vraiment d'histoire, mais un portrait de la jeunesse bourgeoise des années 80 particulièrement décadent et donc troublant. A noter aussi une structure assez originale, où chaque chapitre est une vision personnelle de l'un des personnages : 4 ou 5 personnages principaux se relaient sans cesse (+ quelques intervenants secondaires) avec bien souvent des interprétations très différentes des évènements qu'ils vivent, en fonction généralement des substances qu'ils ont ingurgitées. J'avais lu il y a quelques années Moins que zéro qui m'avait fait une bonne impression, mais je pense que celui-ci est plus abouti encore. De quoi donner envie de lire la suite de son oeuvre, c'est certain.

par Hank publié dans : Littérature américaine
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