Littérature européenne

Mercredi 13 mai 2009

Trouvé dans un bac à soldes sans rien connaître de l'auteur, attiré par la réputation de l'éditeur (les Fante père et fils ont été l'objet de nombreuses publications chez Christian Bourgois) et convaincu par le prix dérisoire, je me suis laissé tenter par le quatrième de couverture qui, derrière une histoire fantaisiste, annonçait un regard critique sur l'exhibitionnisme ambiant de notre société et la marchandisation omniprésente du tout et surtout du n'importe quoi.

Alors pas de fausse joie, la lecture de ce court roman (140 pages environ) n'a pas révélé à mes yeux un chef d'oeuvre, Bernard Comment ne m'a pas semblé briller par le maniement du sarcasme comme l'annonçait la présentation, on a en fait affaire à un petit roman pas désagréable à lire, mais trop sage pour coller au côté cinglant que l'éditeur mettait en avant. A la critique acerbe de la société se substitue un regard plutot intéressant et dénué de cette compassion habituellement de rigueur sur la place des handicapés dans notre société, et à travers cela se dessine vaguement la question de l'inutilité et sa place dans un monde où tout est tourné vers la performance et la rentabilité. Faut-il nécessairement trouver une fonction à tout et surtout à tout le monde ?

A travers l'histoire tragi-comique d'un homme amputé des bras et des jambes, élevé au rang d'oeuvre d'art que s'arrachent les collectionneurs dans une société pour le moins loufoque, l'écrivain Suisse ne donne pas vraiment de réponses à ses interrogations, mais ouvre des pistes de réflexion sur le ressenti et les préoccupations des infirmes, finalement pas tellement éloignés des valides, les hommes n'étant toujours que des hommes.

"(...) Aux dernières nouvelles, les collectionneurs propriétaires mais propriétaires de rien à vrai dire simple gentlemen's agreement entre gens de bonne composition pourraient faire l'objet de poursuites du simple fait qu'ils nous exposeraient non seulement en public comme aujourd'hui pour la grande kermesse mais quotidiennement chez eux devant leurs invités rares invités dans le cas de Monsieur, ah ! la bonne conscience de l'opinion et des gens communs, tellement communs. S'ils pouvaient seulement nous foutre la paix ! Ont-ils jamais fait le compte de leurs propres servitudes, à large échelle de société, et au quotidien ? Je veux Etienne de La Boétie pour avocat, et pour seul avocat. Son discours sur la servitude volontaire suffira à mon cas, ou plutôt à leur cas. « L'habitude, qui exerce en toutes choses un si grand pouvoir sur nous, a surtout celui de nous apprendre à servir et, comme on le raconte de Mithridate, qui finit par s'habituer au poison,  celui de nous apprendre à avaler le venin de la servitude sans le trouver amer. » "

" (...) Il y a toujours ce moment où les individus perdent la vérité de leur présence et leur faculté d'étonnement pour se raccrocher à des rôles ou des certitudes qui ne sont pas les leurs, et c'est alors une forme d'arrogance qui s'affiche sur leur visage, peut-être n'aurais-je pas dû l'appeler ma petite. (...)"

" (...) sa description de la lignée familiale de ses propriétaires nous a beaucoup fait rire, avec une connaissance presque maniaque des détails, à l'écouter il semblait être le seul rescapé d'une longue série de tarés en tous genres, c'est curieux à quel point on peut s'oublier parfois dans le discours qu'on tient sur les autres pour peu que rien de naturel ni de consanguin ne nous lie à eux. (...)"

Par Hank
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Samedi 2 février 2008

jornriel-lamaisondescelibataires.jpg  Une petite excursion au pôle Nord pour se rafraichir les idées. Un très court roman pour s'initier en douceur à la littérature scandinave. Je ne m'attendais à rien de particulier, si ce n'est à trouver un récit léger, sans prise de tête. C'est précisément ce qui se dégage de cette sorte de fable sans prétention, dans laquelle le Danois Jorn Riel nous dresse le portrait d'une petite communauté de célibataires endurcis et jouisseurs, dont la seule préoccupation quotidienne est de laisser libre cours à leur incommensurable paresse. Se sentant vieillir, la bande de vieux garçons se retrouve subitement en proie à l'inquietude quant à son avenir. Ils se mettent alors en quête d'une solution pour assurer leurs vieux jours sans remettre en cause leur penchant sybaritique. Rien de bien original dans ce récit susceptible d'intéresser les plus jeunes, et de divertir les autres. La concision est un de ses atouts, car un texte plus long eût très certainement amené une lassitude tant le développement de l'histoire est convenu et gentillet. Il ne faut pas chercher midi à quatorze heures, ce minuscule roman est à prendre comme une récréation, et rien de plus. Je ne pense pas que je creuserai beaucoup plus dans la bibliographie de Riel, mais je ne peux pas non plus dire que je regrette de l'avoir découvert.

Par Hank
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Dimanche 27 janvier 2008

undefined Le peu que j'avais lu sur Tom Sharpe avant l'acquisition de ce roman me laissait imaginer un style assez caustique et décalé. En marge, Tom Sharpe l'est très certainement. Corrosif, c'est moins sûr. Le bâtard récalcitrant est avant tout porté sur le caractère infiniment burlesque de ses personnages. Mais contrairement à un John Kennedy Toole dans La conjuration des imbéciles, l'auteur anglais n'a pas la même finesse, son humour est même assez gras et lourdingue, tout en restant très gentillet. Ce roman nous embarque dans le fin fond de l'Angleterre, sur le domaine aride et glacial des Flawse, vieille dynastie aristocratique dont le patriarche nonagénaire est le dernier représentant "pur sang". Le temps s'est arrêté au moyen âge dans le chateau familial où le vieux vit avec son petit-fils Lockhart, qu'il a élevé seul dans une tradition tout aussi archaïque que le confort de la demeure qui les abrite, et un fidèle homme de main aussi rustique que son Maître. Arrivé à l'âge adulte, Lockhart ne connait que ce que son grand-père a bien voulu lui inculquer. Il n'a jamais mis les pieds dans une école, mais n'a pas son pareil pour décimer un troupeau de moutons à la carabine. Pire, sa mère n'a jamais révélé l'identité de son père avant de mourir à sa naissance, et son grand-père a toujours refusé de salir l'honneur des Flawse en déclarant la naissance de son bâtard de petit-fils. Lockhart n'existe donc que dans la propriété des Flawse, où il jouit pleinement de la vie jusqu'au jour où il découvre l'amour en la personne de Jessica. En preux chevalier qu'il est, il s'évertue alors à la protéger et à la chérir, dans l'ignorance absolue de toute forme de sexualité, que la très fleur bleue Jessica - que sa mère a cloitré toute sa jeunesse dans un couvent pour retarder son éclosion et ainsi profiter du patrimoire dont Jessica a hérité de son père - ne connait guère plus que lui. S'ensuit une cascade de situations cocasses, burlesques, outrancières, et parfois drôles ausssi, il faut bien le reconnaitre. Je pense par exemple à la libido explosive et incontrolable du vieux Flawse, à son empaillage, au tempérament de brute épaisse de Lockhart capable de toutes les ruses pour protéger les intérêts de son foyer, et puis bien sûr à son incapacité à faire l'amour avec Jessica.  On parvient donc à sourire ici et là, mais on ressort de cette lecture sans grand enthousiasme. Il y a manifestement un âge à ne pas dépasser pour se trouver parfaitement en phase avec l'humour puéril de Sharpe. Je ne me risquerai finalement pas à la lecture de la série Wilt, qui à vue de nez ne doit pas voler beaucoup plus haut.

Par Hank
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Mardi 11 septembre 2007

kafka-terrier.jpg   Présentation éditeur (Mille et Une Nuits)

"Le Terrier, l'une des dernières nouvelles écrites par Franz Kafka (1883-1924), est celle où se mêlent avec le plus de violence l'issue inexorable d'une destinée tragique et une extraordinaire distanciation comique. L'humour noir atteint ici un paroxysme. Un troglodyte nous fait partager l'extrême ingéniosité de sa vie enterrée, et ce lieu de sécurité maximale devient celui de tous les dangers ; lieu où ta paix du « chez-soi » devient mortelle : un tombeau pour l'éternité. "





Commentaire:
Une nouvelle inachevée. Franchement déçu, non pas par le thème, qui est du reste très mystérieux (difficile de dire si le narrateur est un humain, une taupe ou un autre animal encore), mais par la teneur du récit, qui relève plus de la circonvolution narrative que d'une véritable structure avec un début, une fin et une évolution entre l'un et l'autre. Ca tourne en rond du début à la fin, on a l'impression de revenir sans cesse au point de départ, et au final, comme la nouvelle n'a pas de fin, on n'est pas plus avancé... Je ne sais plus trop ce qui m'avait attiré dans cette nouvelle, mais ça me donne pas envie de fouiller davantage dans l'oeuvre de Kafka, ce qui est peut-être un tort... Peut-être aurais-je dû commencer par Le procès ?

Par Hank
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