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Mercredi 16 décembre 2009 3 16 /12 /2009 22:41

"(...) Je suis dans une très grande forme physique et spirituelle en ce moment ; auparavant ça me faisait peur, mais maintenant quand ça arrive je l'étreins comme une magnifique vierge parce que je sais que l'autre - la pute - ne tardera pas à se ramener. (...)"

Extrait d'une lettre de Charles Bukowski envoyée à Hank Malone en 1978. Correspondance 1958-1994, éditions Grasset (2005), traduction de Marc Hortemel.

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Mercredi 16 décembre 2009 3 16 /12 /2009 22:21

"(...) Pendant longtemps je me sentis comme écrasé, comme quand, tout petit, je m'endormais en pleurant parce qu'on m'avait battu. Je pensais à Mina et à son mari comme à deux êtres adultes qui ont un secret : un enfant ne peut que les regarder de loin en ignorant les joies et les douleurs qui composent leur vie. Je trouvai du travail pour mes longues matinées dans mon garage et peu à peu je me résignai à mesure que passait l'été. Maintenant que je suis devenu vieux et que j'ai appris à souffrir, Mina n'est plus là."

Extrait d'une nouvelle du recueil Terre d'exil, de Cesare Pavese (traduction de Pierre Laroche).

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Jeudi 3 décembre 2009 4 03 /12 /2009 13:49

"(...) Un homme devrait partir bosser à 7 heures du matin et ne devrait rentrer qu'à 7 heures du soir, épuisé. Aller à l'église le dimanche. Se taper une petite branlette dans la salle de bains. Et pas de rapports sexuels avec une femme avant le mariage ! Ce pays n'a pas d'âme : pas étonnant qu'au Vietnam ils soient incapables de flanquer une correction à une poignée de nains crevards, d'hommes, de femmes et d'enfants ! Et ce n'est pas l'aide des Russes ou des Chinois qui les a arrêtés. C'est la foutue imbécilité des garçons américains dodus qui ont vécu comme des idiots, des enfants bien nourris qui ont été élevés sans conscience, et cela depuis le berceau ! Pas étonnant qu'ils torturent l'ennemi, parce qu'au plus profond d'eux-mêmes, quelque part, ils savent qu'ils sont perdus, et infliger des atrocités à un peuple vivant et bien réel est leur seule façon de retrouver leur enfance, comme déchiqueter des fleurs, brûler des papillons, baiser et haïr tout ce qu'ils ont sous les yeux. Je n'ai jamais entendu parler d'une guerre pareille. A coup sûr nous sommes entrés dans une époque plus sombre encore que celle du haut Moyen Age ???? (...)"

Extrait d'une lettre de Charles Bukowski, adressée à son ami et traducteur allemand Carl Weissner en novembre 1966. Correspondance 1958-1994, éditions Grasset (2005). Traduction française de Marc Hortemel.

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Samedi 21 novembre 2009 6 21 /11 /2009 20:27

" (...) Ce qu'il a voulu me faire comprendre c'est qu'il a un boulot qui paie 200 $ par semaine et que pour telle ou telle raison IL N'ARRIVE PAS A JOINDRE LES DEUX BOUTS ! Je lui ai répondu que j'avais très peu de compassion pour ce type de pauvreté, que cent soixante millions d'habitants sur 180 vivaient de cette manière dans ce pays. Je pense qu'avoir besoin de se nourrir et ne pas pouvoir y arriver, avoir besoin d'un toit pour se reposer et n'avoir que des bancs publics, la rue, le froid et la pluie, n'a rien à voir avec ce type de pauvreté. Parce que pour moi un homme qui a besoin de 2 bagnoles, de plusieurs télés, et de 12 paires de chaussures pour sa femme n'est que le représentant d'une variante plutôt laide d'avarice et ne fait que taire un autre besoin. (...)"

Extrait d'une lettre de Charles Bukowski à Jon et Louise Webb (ses premiers éditeurs), datée du 28 mars 1963 (Correspondance 1958-1994, éditions Grasset, 2005)

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Mercredi 18 novembre 2009 3 18 /11 /2009 17:12

"Chacun a son adorée, chacun la trouve la plus belle, chacun débite sa romance, chacun est persuadé d'avoir en elle un objet sans pareil pour le plaisir, chacun voit l'éternité dans son amour. Le sage, lui, se dit qu'il est certes agréable d'aimer, également d'être aimé ou de croire l'être, mais que si ce n'eût été celle-ci et par celle-ci, c'eût été celle-là et par celle-là, qu'il n'y a donc pas lieu de s'echauffer, d'attester les cieux et les enfers, d'exagérer son bonheur ou son malheur, mais de jouir de la musique tant qu'elle joue et tant qu'on peut jouer."

"La plupart des liaisons sont faites de "laissés pour comptes" qui se rencontrent et trompent ensemble leurs regrets."

"Pour être aimé, il faut ne pas aimer ou savoir cacher son amour. C'est une vérité qui n'a pas fini d'être vraie."

"On aime moins quand on se sait aimé, comme on se prend à aimer davantage quand on découvre qu'on l'est moins qu'on s'imaginait."

"L'amour est souvent une partie où chacun des deux joueurs, tour à tour, croit qu'il va perdre et se hâte de corriger son jeu."

"On n'est jamais si amoureux qu'on croit l'être."

"L'amour, sans la jalousie, n'est pas l'amour."

"Il y a une jouissance dans les ruptures, si on ne se laisse pas prendre par la pitié."

"La jalousie est le signe du manque de fatuité, du sens critique, de l'intelligence en amour. Un sot vaniteux n'est jamais jaloux."

"Les femmes n'attachent aucun prix à l'homme fidèle. Elles n'ont pour lui, dans leur for intérieur, que pitié et raillerie. C'est l'homme qui les trompe (donc homme à succès), qui les intéresse et auquel elles tiennent."

"L'amour lui-même est une forme de l'intérêt. La Rochefoucauld l'a oublié. Nous n'aimons que pour les agréments que nous trouvons dans notre amour. Si on nous quitte et que nous souffrons, ce n'est que pour la privation de ces agréments. Voyez les résultat de la cessation de tous rapports sexuels entre conjoints ou amants continuant à vivre ensemble : indifférence complète. La jalousie également n'a pas d'autre objet que de voir un autre jouir des agréments auxquels nous tenions. On ne penserait pas à être jaloux d'une maîtresse qui nous quitterait pour entrer au couvent. Tout ce qu'on dit d'autre sur ce sujet est phrases pour les niais."

"Cette immense saloperie morale et physique qui s'appelle l'amour... Elle a bien des charmes !"



Ces aphorismes et réflexions sont tirés de Propos d'un jour, de Paul Léautaud (éditions Mercure de France).

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Dimanche 15 novembre 2009 7 15 /11 /2009 15:37

"Ce qui fait le mérite d'un livre, ce ne sont pas ses qualités ou ses défauts. Il tient tout entier en ceci : qu'un autre que son auteur n'aurait pu l'écrire. Tout livre qu'un autre que son auteur aurait pu écrire est bon à mettre au panier."
 
"Ecrire, si exact qu'on soit, si éloigné du "beau style", qui déforme tout : les sentiments en les faisant plus heureux ou plus désespérés, les couleurs plus éclatantes ou plus sombres, c'est mentir. C'est tout au moins fausser plus ou moins. Si naturel qu'on soit, si fortement qu'on tende à l'être, les mots entrainent les phrases. L'écrivain le plus véridique, son récit terminé, s'aperçoit qu'il est d'un ton au-dessus ou d'un ton au-dessous. Que cela devient-il quand il s'agit de critique, et que l'amitié ou seulement la sympathie - ou la détestation ou seulement l'antipathie, - ou encore la basse malignité, font leur oeuvre. J'ai publié Passe-Temps
. Les uns l'ont porté, et moi en même temps, aux nues. D'autres l'ont ravalé, et moi en même temps, au rang de rien. Excès des deux côtés. Je me connais et je connais ce que je fais. Une honnête moyenne entre ces deux extrêmes, voilà le vrai."

"Très jolies les scènes d'amour dans les romans quand les deux amants, au bout de leurs serments et de leurs désirs, se confondent l'un dans l'autre. On ne nous dit jamais rien du petit désordre humide qui suit l'étreinte, de la petite malpropreté qui survient et de l'embarras qui en résulte. Toujours la rhétorique à la place de la vérité."


Notes extraites de Propos d'un jour, de Paul Léautaud (1947, Mercure de France)

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Samedi 14 novembre 2009 6 14 /11 /2009 15:06

"Je pense à tous ces gens (que je connais), qui n'en pensent pas moins sur tout ce qui se passe, tout ce qu'ils voient ou connaissent, qui ont commencé par se taire par intérêt, et qui ont pris ainsi l'habitude d'être muets, et sont devenus ainsi de véritables eunuques de l'esprit. Ils ont remplacé l'honneur par la Légion d'honneur."

Note extraite de Propos d'un jour de Paul Léautaud, publié au Mercure de France (1947).

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Jeudi 12 novembre 2009 4 12 /11 /2009 14:28

" (...) Imaginez maintenant, tandis que le rideau tombe, que le temps est magnifique, l'air embaumé, et que de la baie voisine monte l'odeur des coquillages. Vous vous promenez sur le littoral de l'Atlantique avec votre complet de ciment et vos chaussettes à talons d'or - et voilà le grondement de Chop Suey qui vous arrive aux oreilles. Les bougies d'allumage flamboient sur la Great White Way. Les lieux d'aisance sont ouverts. Vous essayez de vous asseoir sans froisser le pli de votre pantalon. Assis sur le pur asphalte, vous laissez les paons vous chatouiller le larynx. Les ruisseaux roulent du champagne. La seule odeur est celle des coquillages qui vient de la baie. C'est un beau jour embaumé et toutes les radios marchent à la fois. Vous pouvez en avoir une attachée au croupion - pour un tout petit peu plus cher. Vous pouvez la brancher sur Manille ou Honolulu tout en marchant. Vous pouvez avoir de la glace dans votre eau frappée ou vous faire enlever les deux reins à la fois. Si le tetanos vous cloue la gueule, vous pouvez vous faire mettre un tube dans le rectum, et croire que vous manger. Vous pouvez avoir tout ce qu'il vous faut au doigt et à l'oeil. C'est-à-dire, si c'est un beau jour embaumé et si l'odeur des coquillages vous arrive de la baie. Parce que pourquoi ? Parce que l'Amérique est le pays le plus grandiose que le bon Dieu ait jamais fabriqué, et si vous n'aimez pas ce pays vous pouvez foutre le camp et retourner d'où vous venez. Il n'y a rien au monde que l'Amérique ne veuille faire pour vous si vous le demandez poliment. Vous pouvez vous asseoir sur la chaise électrique et pendant qu'on fait passer le jus vous pouvez lire tous les détails de votre propre éxécution. Vous pouvez regarder votre image, assis sur la chaise électrique, tout en attendant l'exécution.
 Spectacle permanent du matin jusqu'à minuit. Le plus beau, le dernier cri. Si beau, si dernier cri qu'il exaspère en vous la solitude et le désespoir. (...)"

Extrait du recueil de nouvelles Printemps noir, de Henry Miller (1933/1934) - Traduction de Henri Fluchère, pour les éditions Gallimard (1946).

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Lundi 3 août 2009 1 03 /08 /2009 17:44

"(...) on ne choisit pas d'être seul : on se retrouve dans cet état peu à peu, et alors il n'y a plus d'issue. Sinon résister. Vous entrez dans cette immense plaine désertique et vous ne savez plus quoi faire, tout connement. Souvent, vous vous dites que le mieux est de vous enfuir, vers un autre pays, une autre ville, ailleurs. Mais vous n'y échappez pas pour autant. D'autres fois, vous décidez que vous vous préoccupez trop de vous-même et de votre fichue solitude, qui empire chaque fois que vous vous retrouvez dans le silence et l'isolement : bon, il est temps de passez à l'action, vous pensez, et vous sortez de votre trou, vous allez chercher un ami, ou une femme qui vous donnera un peu de sexe, ou je ne sais qui, n'importe qui pour rompre la solitude car vous n'ignorez pas qu'une fois dans cet état le rhum et l'herbe vous dépriment encore plus. Un peu de sexe, alors. Et sinon, au moins un ami. (...)"

Pedro Juan Gutiérrez, extrait de Trilogie sale de La Havane (1998), éditions 10/18.

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Samedi 30 mai 2009 6 30 /05 /2009 17:53
"Quand on se refuse au lyrisme, noircir une page devient une épreuve : à quoi bon écrire pour dire exactement ce qu'on avait à dire ?"

De l'inconvénient d'être né, de Emile Michel Cioran (Gallimard / Folio, 1973)
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Samedi 16 mai 2009 6 16 /05 /2009 14:21

"(...) Il y a de bonnes raisons d'interdire le LSD, le DMT, le STP, on peut bousiller définitivement sa tête avec, mais pas plus qu'au ramassage des betteraves ou en bossant à la chaîne chez General Motors, en faisant la plonge ou en enseignant l'anglais dans une fac. Si on interdisait tout ce qui nous rend dingues, toute la société y passerait : le mariage, la guerre, le métro, les abattoirs, les clapiers, les tables d'opération, etc. Tout peut virtuellement nous faire craquer parce que la société repose sur des piliers pourris. (...)"

Charles Bukowski (Nouveaux contes de la folie ordinaire / Editions Grasset / Livre de poche), traduction de Léon Mercadet.

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Mardi 10 février 2009 2 10 /02 /2009 17:37

"La douleur est une chose étrange. Un chat tue un oiseau, un accident de voiture, un incendie... La douleur te tombe dessus, BANG, et voilà qu'elle s'assied sur toi. Elle est réelle. Aux yeux de n'importe qui, tu as l'air d'un imbécile. Comme si t'étais soudain devenu le dernier des débiles. Et c'est sans remède, à moins de connaître quelqu'un qui comprenne ce que tu ressens et qui sache comment t'aider."

Charles Bukowski, extrait de Women (1978), traduction de Brice Matthieussent (Grasset / Livre de poche)

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Vendredi 6 février 2009 5 06 /02 /2009 10:28

"Il y en a tant qui confondent l'amour et l'angoisse. En pleine crise, le mal-être s'est cristallisé sur autrui. Voilà tout, on aime l'autre comme le naufragé aime sa bouée."

"L'exclusivité débouche toujours sur le conflit, la rupture, voire la haine, parce qu'elle se fonde sur la frustration. C'est seulement en renonçant à l'idée d'exclusivité que l'on peut accéder à la fidélité. Elle seule sait apprivoiser la durée, parce qu'elle n'a pas de comptes à rendre, qu'elle est libre, qu'elle procède de l'élection et non de la contrainte. Sur l'écueil de l'exclusivité se fracassent tous les serments d'amour."

"L'oubli de soi constitue le bonheur méconnu de la relation amoureuse. On s'éprend de l'autre et, ce faisant, on se déprend de soi, on s'allège de ce fardeau du moi qui pèse tout au long de l'existence d'un poids sans cesse accru. D'où ce sentiment de légèreté que ressent l'énamouré qui n'a plus à se supporter. En ce point insoupçonné réside le mystère de l'extase amoureuse, ce n'est pas tant l'autre qui nous procure un tel bonheur que le fait d'être enfin débarrassé de soi."

"L'amour suprême est celui qui est capable de laisser l'autre tranquille, qui peut le regarder évoluer sans intervenir, et s'en réjouir, mais qui sait s'en rapprocher lorsque la nécessité s'en fait sentir. C'est aussi celui qui aime l'inconnu en l'autre, son mystère, qui lui permet d'« être autrement ». L'amour véritable est humble et ne craint pas l'altérité."

"Les conditions d'accès au sexe font de vous un homme à qui vous n'aimeriez pas serrer la main. Un homme veule, prêt à débiter toute sorte de sornettes, à faire le paon, le drôle, et qui n'hésite pas à trouver passionnante chaque sottise que lui assène la femelle convoitée, laquelle teste ainsi le degré d'assujettissement du bonhomme et l'amène à la plus grande niaiserie au moment de lui ouvrir son lit. Non, décidément, la parade amoureuse n'est pas une élévation."

"On ne peut pas ne pas croire en l'amour, mais on peut être sceptique à l'égard de l'amour durable. Tout le problème est là : cette émotion est intense mais provisoire. Rien n'est plus difficile que d'aimer et de s'y tenir. On a trop besoin de changement, de divertissement, on veut être surpris en permanence, on veut que l'autre nous étonne chaque matin, mais l'autre, il n'en peut plus le pauvre, il a tout donné d'emblée, il ne sait plus quoi inventer, il fatigue, c'est humain. Il faut beaucoup d'imagination et d'énergie pour réinventer la vie tous les jours, mieux vaut laisser filer « l'ennuyé », l'avide de sentiments, vers d'autres horizons. Et pourtant, l'amour et ses insatisfactions sont, après la mort et la faim, le troisième sujet de préoccupation des hommes."

"L'amitié comme l'amour souffre toujours d'un excès de fréquentation. Passé la phase de fascination réciproque, on s'installe dans la familiarité, ce qui rassure un certain temps. Et puis, à la longue, on fatigue, on radote, on se répète les mêmes histoires, chacun connait à fond le répertoire de l'autre. A la fin, on se tait et on se contente de hocher la tête distraitement, lassé. C'est là qu'il faut rompre, s'écarter, se ressourcer dans l'oubli."

"Les deux grands moments de l'amour, ceux qui vous transforment : la rencontre et la rupture. Entre les deux, la routine."

"Tant que vous vous aimez l'un l'autre, à bonne distance, tout va bien, et puis « vous vous mettez en ménage », quel programme ! Quelle extase !  Vaisselle et balayage, récriminations et babillages, les « horreurs de l'amour » taillent leur triste chemin dans le coeur des amants. Au lieu de pouvoir écouter en paix Le Messie de Haendel, on vous demande de « faire une machine » ou de « changer la petite », et avec le sourire en plus. Le prince charmant se retrouve à se coltiner le sac à provisions. A se demander pourquoi il est descendu de cheval."

"Toute tentative de séduction est une forme d'escroquerie. On le sait bien, mais on veut plaire. Alors on se maquille, on s'enjolive, on use de jolis mots, et puis, une fois l'autre « attrapé », on se relâche, on redevient soi-même, et c'est là que tout se gâte, chacun ayant l'impression de s'être fait avoir, de s'être littéralement « fait baiser ». Les prémices de l'amour ne sont qu'arnaques, chausse-trappes et jeux de dupes. Il convient de franchir cette étape le plus vite possible, d'aller à l'essentiel, à la connaissance de l'autre, dans sa plus simple vérité, pour, peut-être, parvenir à l'aimer enfin."

"A votre prochain coup de foudre, pour faire tomber la fièvre, dites-vous simplement que vous venez de rencontrer votre futur bourreau. Vous vous sentirez mieux tout de suite."

"En définitive, on peut toujours faire de l'amour sa bête noire, sa tête de Turc, son bouc émissaire, lui cogner dessus, le ridiculiser, le mépriser, lui en vouloir à mort, le considérer comme une perte de temps, un insupportable gâchis, le traiter comme Céline d' « infini à la portée des caniches », le trouver sale, franchement répugnant, il n'empêche, on ne peut vivre sans lui."


Le monologue implacable, d'Olivier Bardolle (Editions Ramsay, 2003)

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