Knut Hamsun - en aparté, si quelqu'un connait la
prononciation exacte, je suis preneur, je miserais timidement pour quelque chose s'approchant de "Knoute Hame-Soune", mais sans certitude - est un écrivain norvégien (1859-1952),
auteur d'un grand nombre de romans dont le plus réputé est sans doute La faim (prochaine étape en ce qui me concerne), et récompensé en 1920 par un Prix Nobel de Littérature. Publié en
1906, Sous l'étoile d'automne est le premier volet d'une des deux trilogies dites du vagabond. C'est aussi un très court roman, de tout juste 150 pages.
Sous l'étoile d'automne est le récit des pérégrinations d'un homme entre deux âges, fuyant son ancienne vie citadine qu'on devine aisée et confortable pour retrouver la tranquillité
des choses simples. Au début du roman, Knut Pedersen vit retiré sur une île proche du littoral norvégien, où il loue une chambre dans une pension. Il y retrouve par hasard un ancien camarade de
jeunesse avec qui il part à l'aventure sur les routes, retrouver en quelque sorte la simplicité de l'existence qu'il menait dans sa jeunesse, à vivre d'un travail manuel, sans trop de
contraintes. Pedersen est un homme taciturne et mélancolique, et on devine assez vite la source de son mal-être. C'est un homme rongé par la solitude. Il croise au cours du roman deux femmes,
deux amours impossibles auxquels il ne peut s'empêcher de rêver. La première est une jeune fille dont il apprendra plus tard qu'elle partageait l'attirance qu'il s'efforçait lui-même de refouler,
et la seconde, une femme mariée, insaisissable, avec laquelle se tisse une relation ambiguë et dont il espère l'amour tant rêvé, en vain.
Sa relation à l'amour et aux femmes est en quelque sorte au centre du roman, une relation parasitée par son incapacité à comprendre les autres, à se sentir heureux, où qu'il soit, et à
savoir ce qu'il souhaite réellement. La peur de la mort ne rôde pas bien loin dans cette quête éperdue de sens à sa vie. Une histoire à la portée tout ce qu'il y a de plus universelle, au fond.
Un roman intéressant, donc.
« (…) Aïe ! comme il est difficile de réussir calmement, joliment, le passage fatidique à la vieillesse. La crispation intervient, l'esbroufe, les grimaces, , la lutte contre les jeunes,
l'envie. (…) »
« (…) Me voici loin du vacarme et de la presse de la ville, des journaux et des gens, j'ai fui tout cela parce que, de nouveau, on m'appelait de la campagne et de la solitude dont je suis
originaire. Je pense, plein d'espoir : Tu verras, tout va bien aller. Hélas ! Je me suis déjà enfui de la sorte et je suis retourné à la ville. Et me suis de nouveau enfui. (…) »
« (…) Il a peut-être raison, Grindhusen, on trouvera bien un moyen pour tout, demain comme aujourd'hui. Voilà deux semaines que je n'ai pas lu les journaux et je vis tout de même, je vais
bien, je fais de grands progrès en calme intérieur, je chante, je me pavane, je vais tête nue, contemplant le ciel, le soir.
Ces dix-huit dernières années, quand j'allais au café, je rendais la fourchette au garçon quand elle n'était pas propre, ici, chez Gunhild, je ne rends aucune fourchette ! As-tu vu Grindhusen, me
dis-je à moi-même, quand il allume sa pipe, il utilise son allumette jusqu'au bout, sans pourtant brûler ses doigts endurcis. J'avais remarqué qu'il y avait une mouche sur sa main, il l'avait
laissée aller, peut-être ne l'avait-il pas sentie. C'est ainsi qu'un homme doit réagir envers les mouches... (…) »
Comme on peut s'en rendre
compte en parcourant la liste des livres commentés sur ce blog, la littérature classique n'est pas franchement ma tasse de thé. La majorité des auteurs que j'ai tenté de lire m'ennuient
rapidement. Si j'ai parfaitement conscience de l'impact qu'ont eues ces oeuvres sur l'évolution de la société, par l'apport d'idées nouvelles, de regards inconvenants, ou de l'intérêt
historique qu'elles représentent pour comprendre une époque, le style précieux et souvent emphatique de la plupart des auteurs des siècles passés me laisse de marbre, quand il ne me
rebute pas tout simplement. Pourtant, par vice ou par crainte de passer à côté de quelque chose, je m'entête, je force ma nature, comme ici, avec Dostoïevski, ce chef de file de la
littérature russe du XIXème siècle auquel on prête un tempérament assez révolté. Loin d'être déçu par sa fine analyse psychologique du repentir du jeune criminel Raskolnikov, le
déroulement de l'histoire de Crime et châtiment est plombé à mon sens par les longueurs que je reproche à la plupart des romans de cette époque. La lecture de certains descriptifs de
situations, de lieux (à quoi bon connaitre la disposition précise des meubles dans une pièce ?), rend la lecture assez laborieuse sur certains passages. Des 900 pages que compte l'édition que
j'ai lue (différente de l'illustration), il m'a semblé qu'on aurait pu se passer du tiers en dépouillant le texte des passages superflus. Mais vous allez dire : pour qui se prend-il celui là,
pour se permettre de donner des leçons à un écrivain aussi illustre ? Pas faux. Le principal intérêt de ce livre, pour moi, c'est donc sa psychologie, le basculement progressif vers la
paranoïa la plus aiguë de Raskolnikov est décrit avec une précision sans doute rarement atteinte. Les relations entre les différents personnages sont également rondement menées. A ce titre, le
jeu du chat et de la souris que se livrent Raskolnikov et le rusé juge Petrovic est très intéressant, tout comme la relation complexe entre Raskolnikov et le cynique Svidrigailov. L'histoire
d'amour entre Raskolnikov et Sonia est à l'inverse peu passionnante, car lestée d'une pudeur embarrassante. Je suis donc toujours à la recherche du roman classique qui me fera chavirer, celui qui
ne se perdra pas dans les affres de l'esthétisme indigeste et de l'épique surjoué, mais qui au contraire foncera tête baissée dans les convenances. Je doute que ce roman ait été écrit avant le
XXème siècle.
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